Sujet: Re: Evil Chronicles Jeu 18 Nov 2010 - 14:09
Chapitre XXIV : Derrière ce monde…
Synyster s’écrasa au sol comme un poupée de chiffon. Il avait perdu… Son sang coulait à flot, et sa vue se brouillait. Il réussit tout de même à ramper jusqu’à un mur et s’y adossa avec peine. Malphas regardait la scène avec une lueur d’amusement dans les yeux. Le chasseur, mit de l’herbe sur sa blessure et réprima un cri quand l’effet désinfectant de la plante se fit sentir. Le jeune homme banda sa plaie en remerciant le ciel (ou Lucifer ?) qu’aucun organe vital n’ait été touché. Il ferma les yeux et but un breuvage jaune qui était célèbre pour ses propriétés curatives exceptionnelles. La douleur se dissipa peu à peu et les forces de Synyster commencèrent à revenir, accompagnés d’une haine pure. Il rouvrit les yeux et se remit sur pied. Il se mit en position de combat, lame tendue devant lui. Prêt à en finir. Le démon fonça sur lui, lance pointée vers son cœur. Le jeune homme se baissa à temps et balaya les jambes de Malphas. Malheureusement celui-ci esquiva Scylla d’un bond et en profita pour lacérer le visage de Synyster avec ses serres. Dans un hurlement de douleur, le maître des toxines parvint à saisir la jambe gauche du Prince de la Discorde et le projeta contre le mur de pierre. Un craquement retentit puis la puissante lame remplie d’aide cloua le corbeau au mur, tel un vulgaire papillon épinglé sur un livre de collectionneur. Se doutant d’une autre illusion, le chasseur se jeta sur le coté. Une lance noire perfora l’air à l’endroit précis où se trouvait Synyster, une seconde plutôt. Le cadavre accroché au mur se dispersa en une multitude de plumes noires et vint reconstituer une des ailes de Malphas… Pour une fois, le sentiment peint sur l’étrange visage du démon n’était pas l’amusement ou la cruauté mais… La surprise ! Cet humain avait résisté à une de ses illusions ! Il secoua la tête et plongea ver Synyster. Ce dernier se plaqua au sol et roula sur le coté pour atteindre Venomalia. Il se releva pour parer un coup qui lui aurait perforé le ventre de part en part. D’un petit bond en arrière, le jeune homme haineux évita un coup circulaire avant de riposter en abattant lourdement sa lame sur son ennemi. Le Prince de la Discorde para sans difficultés mais ne put prévoir le coup de pied qui l’atteint aux côtes. Même si ce n’était qu’un simple coup de pied, le chasseur avait mis toute sa rage dedans et le choc projeta Malphas à l’autre bout de la pièce. Il se stabilisa dans l’air avec ses grandes ailes noires, monta le plus haut possible et redescendit en piqué, pointe couleur de nuit vers le sol. Synyster recula rapidement. Pas assez. Le pieu sombre du démon corbeau se ficha dans une gerbe de sang dans le pied gauche de celui-ci. Il poussa un cri de souffrance puis esquissa un sourire. -Pas grave je suis droitier. En même temps qu’il prononçait ces paroles, le maîtres des toxines traça un grand arc de cercle avec Venomalia. Ses crocs rencontrèrent le corps couvert de plumes de Malphas, en crachant par la même occasion, son terrible venin. Un croassement de douleur vint prouver à Synyster que son attaque avec été utile. Le chasseur roula plusieurs fois, au cas où il serait victime d’un maléfice… Le corps du démon corbeau resta au sol, convulsant, dans une mare de sang. Le jeune homme allait achever son adversaire quand une lance balaya ses pieds. Encore une illusion ! Allongé sur le dos, Synyster put voir la pointe couleur de nuit se précipiter sur son torse. Grâce à un réflexe incroyable, il évita l’attaque en roulant sur le coté, échappant une fois de plus à la mort ! Malheureusement, son bras gauche fut touché et le chasseur fit rapidement un garrot pour éviter que tout son sang ne s’écoule… Un prodigieux coup de poing l’atteint à la tempe et l’envoya contre le mur. La violence du coup avait surpris Synyster qui avait lâché son épée. Le jeune homme se retrouvait maintenant face à Prince des Enfers, désarmé et bien amoché…
Il se releva et sentit quelque chose dans son dos. Scylla ! Toujours planté dans le mur, il l’avait complètement oublié ! Il la sortit du mur et para de justesse une charge du démon corbeau. Dans son dos, l’acide avait rongé le mur et le vent s’engouffra avec violence dans la pièce créant un courant d’air entre ce trou béant et le balcon. Tous les notes et fiches de Malphas s’envolèrent parmi les plumes noires, gênant les deux combattants. Le chasseur trancha l’air devant à lui à multiples reprises pour repérer son adversaire et avait le fol espoir de le toucher à l’aveuglette… Les cages d’aciers posées sur les étagères furent réduites en miettes par la rage et la fougue de Scylla. Les secondes passaient et Synyster ne trouvait toujours pas le Prince de la Discorde. Il commença à céder à la panique... Que pouvait-il faire s’il ne voyait pas son adversaire ? La sueur perla sur son front et il eut un hoquet de surprise quand une lance fendit l’air à une dizaine de centimètres de son visage… Apparemment, le corbeau était également embêté par cette danse de feuilles et de plumes. Sans prévenir, le maître des toxines abattit Scylla droit devant lui, à l’endroit d’où provenait la lance… Un bruit suraigu vrilla les tympans du jeune homme et une silhouette noire tomba devant lui. Une aile. Sans réfléchir, il s’en saisit et la jeta dans le vide… Une voix rauque s’éleva : -Toi… Toi… TOI !!! Le démon surgit devant Synyster et tenta de lui asséner un coup de poing. S’attendant à ce genre d’offensive, le chasseur bloqua avec son arme et tenta de riposter en cognant le crâne du corbeau avec le plat de sa lame… Mais on ne peut rien prévoir dans un combat face à un démon… Malphas s’était baissé et avait fauché les jambes de cet imprudent humain avant de l’attraper par la nuque et le lancer vers le balcon… Synyster bascula derrière la rambarde. Quatre doigts. C’était ce à quoi il devait sa vie. En effet, d’un geste désespéré, le jeune homme haineux avait réussi à s’accrocher au rebord. Mais le démon corbeau se rapprochait à pas lents pour en finir… D’un mouvement rapide de son épieu, il trancha les quatre doigts du chasseur qui entama une longue chute dans le vide, vers une mort certaine. Il tombait, tel Icare, vers un labyrinthe de douleur et de tortures.
Il s’écrasa une centaine de mètre en contrebas. Chose incroyable, il était en vie. Encore plus incroyable, sa colonne vertébrale était intacte… -Tu n’es pas un être humain normal susurra une voix venant des tréfonds de l’esprit du jeune homme maudit. Tu es bien plus qu’un humain… Tu es un démon. Un démon… Ce mot résonna dans sa tête pendant quelques secondes, lui faisant clairement comprendre qu’il ne valait pas mieux que cet ignoble Prince de la Discorde… Synyster secoua rapidement la tête et regarda vers le sommet de la tour. Il tenait son épée d’une seule main à cause des doigts qu’il avait perdu au sommet du château du démon corbeau. Un météore noir s’écrasa violement, non loin du chasseur. Lorsque la poussière se dissipa, celui-ci put voir Malphas se tenir fièrement debout, malgré l’aile qu’il lui manquait. Il toisait Synyster avec haine et mépris. Dans un hurlement de rage, le jeune homme se précipita sur le démon et trancha horizontalement l’air qui se trouvait devant lui. Sans que son adversaire puisse réagir, le maître des toxines trancha tout ce qui se trouvait face à lui, du bas vers le haut. Le démon, qui avait bondit pour éviter la première attaque ne put qu’attendre la morsure de Scylla… Sa seconde et dernière aile se dispersa dans une explosion de plume noire mais l’image de Malphas ondulait bizarrement. Mu par un instinct de survie surprenant, le chasseur se retourna et se mit en garde. La lance noire fut alors déviée par cette protection. Le jeune homme comprit alors soudainement ! C’était ses ailes qui lui permettaient de créer ces illusions ! Maintenant qu’il n’en avait plus qu’une, elle étaient beaucoup plus instables et facile à distinguer de la réalité. Le Prince de la Discorde croassa pour exprimer sa fureur et tenta de passer outre la défense de Synyster. Sans succès. Ripostant avec haine, le jeune chasseur brisa le crâne de son adversaire du plat de sa lame… En voyant l’image chanceler, il se baissa et balaya le sol autour de lui. Les crocs impitoyables de Scylla attaquèrent la chair de Malphas qui tomba à la renverse. D’un coup descendant, la dernière aile fut détachée du corps… L’horrible son entendu quelques minutes plus tôt, vola l’ouïe du chasseur maudit… Malgré le fait qu’il ne soit plus humain, ses tympans ne pouvaient résister à deux cris d’une telle intensité. Le corbeau commença à se relever mais tomba à genoux, trop faible. En effet l’acide avait rongé les plumes noires de son dos, qui n’était d’ailleurs plus qu’un amas de plaies et de cicatrices affreuses… Ses jambes avaient subit le même sort. En hurlant toute sa haine et son désir de vengeance, Synyster décapita le Prince de la Discorde. Le chasseur laissa exploser sa joie. Il avait gagné ! Il n’était pas mort ! Les Portes de l’Enfer se refermèrent. Finalement, ce n’est pas les derniers instants du héros au cœur rongé par la haine… Mais cette joie était éphémère, il le savait bien… Il s’écroula sur le sol. Même s’il n’entendait rien de ses paroles, le jeune homme cria le nom de ses amis et proches tombés au combat…
Danyal. Amalia. Les habitants de Logiarina. Nightmare. Scylla. Dysaster, Charybde et tous les autres membres de Phoenix Feather. En particulier Frederica, Tristwen et Noctosun. Les deux mercenaires du désert : Panzyth et Javelin... Les larmes coulaient à flot sur ses joues rougies. Il pleura et sanglota pendant près d’une demi-heure en se disant qu’il était le seul survivant du bain de sang qu’avait été sa vie… Il se sentit sombrer dans l’inconscience. Si douce et paisible…
Il se retrouva alors dans ce lieu qu’il connaissait tant. Son esprit. Il y vit le démon Lucifer s’avancer vers lui à grandes enjambées. Il arrive au bord de sa falaise mais continua et posa un pied dans le vide. Puis un autre. Pas après pas, il franchissait le gouffre que Synyster avait creusé pour empêcher le Démon de s’emparer de son corps… Lucifer, toujours aussi bien habillé, était maintenant juste devant le jeune homme. Il prit son visage entre ses mains, sourit, et lui ouvrit la gorge… -J’ai plus de besoin de toi. Chuchota-t-il à son oreille. Le sang se déversa hors de Synyster en même temps que sa vie. Son âme souillée par la présence du manipulateur démoniaque se consuma lentement… Les Portes de l’Enfer se rouvrirent violemment. Le jeune homme maudit fut attiré brutalement dans les bras de la Mort… Son étreinte froide et réconfortante. Une larme coula sur la joue du héros… Il se rappela qu’il avait perdu tout le monde, et que personne ne serait pour le pleurer, lui rendre hommage. D’autres larmes coulèrent, formant une mare de tristesse dans lequel se reflétait le visage de Synyster. Pour l’éternité. La solitude, glaciale, l’enveloppa une dernière fois.
Derrière ce monde, se cache un autre, plus terrible encore. Un monde dans lequel les monstres courent les rues, les fantômes errent en libertés. Notre esprit… En chacun de nous se trouve un démon. Et nous portons tous des masques pour cacher ces noirs secrets…
Sujet: Re: Evil Chronicles Jeu 18 Nov 2010 - 15:17
Epilogue…
Un corbeau s’envola du lieu où un héros avait vaincu un démon… Il planait maintenant dans le ciel, ailes déployées, il laissait le vent le porter. Il errait sans but, jouant à cache-cache parmi les nuages… Soudain, une flèche transperça le fier rapace qui tomba vers le sol à une vitesse vertigineuse. Le choc avec le sable noir des Terres Dévastées acheva le pauvre oiseau. Dans ses yeux se lisait la peur. Une main solide attrapa le cadavre du corbeau. Il retira la flèche, et se remit en route vers sa maison… Une ombre passa au-dessus du paysan qui avait abattu le corbeau. Il leva les yeux et put apercevoir un autre rapace au plumage noir, plus gros que le premier qui virevoltait parmi les sombres nuées. Dans ses yeux, une lueur d’intelligence. Son bec s’entrouvrit et il croassa agressivement. Il plongea en piqué vers le pauvre fermier qui s’enfuyait, apeuré… L’oiseau lacéra le dos du jeune homme de ses serres, le projetant au sol. Il se posa ensuite à coté de lui et attaqua à coups de becs violents sa nuque dénudée. Le paysan se débattait mais ne pouvait rien faire pour se défendre… Ses mouvements vains s’estompèrent quand, le bec tranchant du corbeau arracha les yeux du jeune malchanceux… Un rire guttural résonna dans le désert noir. Un démon ne meurt jamais… Même si son corps est détruit, son âme vile et disgracieuse se camouflera dans ce qu’il aime le plus, jusqu’à ce que une vie soit prise par ce démon… Il recouvrera sa nouvelle forme et pourra retourner en Enfer.
Le Démon était en train de se promener dans un bois sombre aux arbres meurtris par la violence de l’hiver. Il était pensif, comme perdu dans ses pensées. Sa puissance avait considérablement augmentée mais ce n’était pas assez. Ce n’était jamais assez… De plus c’était ennuyant de rester confiné dans l’esprit d’être humains pathétiques. Il faut tout de même avouer que ce dernier candidat était distrayant… Il avait été également assez fort pour lui résister. Grâce, ou plutôt à cause de lui, les règles allaient changer. Un sourire étira les lèvres froides de Lucifer. Pourquoi n’aurait-il pas droit de s’amuser un peu ?
Fin d'Evil Chronicles : Vengeance !! La tragique histoire de Synyster prend fin ici...
Ceci est le prologue qui marque le début d'Evil Chronicles : Insanity ! Le commencement d'une sombre histoire guidée par la folie...
Prologue : Souvenirs
Aujourd’hui, c’est mon seizième anniversaire. Et c’est la troisième fois que je le passe seul… En effet, mes parents furent sauvagement tués lorsque j’avais treize ans… Le meurtrier n’a laissé qu’un seul survivant : moi. Le choc émotionnel violent du à ce douloureux souvenir m’a fait perdre la mémoire… Enfin c’est ce que les guérisseurs du village affirment. Je me rappelle être à table, manger tranquillement le repas du soir en famille. Et après je me retrouve baignant dans le sang de mes parents, des tripes et des membres éparpillés dans la pièce… Entre les deux… Rien. C’est comme si cette partie de mon passé n’avait jamais eut lieu, comme si ces événements ne s’étaient jamais produits. Ensuite je me souviens avoir pleuré, hurlé de douleur, sangloté pendant des heures, jusqu’à ce qu’on me retrouve le lendemain matin. J’étais toujours au même endroit, assis dans cette mare rouge, moi-même couvert de sang… J’étais devenu silencieux et regardais droit devant moi, le regard vide. Lorsqu’ils ont voulus m’emmener loin de ce lieu horrible, j’ai crié et me suis débattu, voulant resté le plus longtemps possible au près de ceux qui m’avaient nourri et éduqué pendant ces treize années. Ces personnes admirables qui m’avaient soutenu et aidé du mieux qu’elles pouvaient. Ces gens qui m’aimaient. On m’a dit qu’il fallut attendre que je m’endorme avant de pouvoir m’arracher à l’étreinte glaciale de mes défunts parents. Ma mémoire est encore embrumée, c’est pourquoi beaucoup de mes souvenirs sont en réalité ce que les autres gens m’ont rapporté. Quoiqu’il en soit, depuis ce jour je suis seul… Désespérément seul.
Etrangement, les autre villageois m’évitent. Comme s’ils avaient peur de moi, comme si j’étais maudit. Cela fait trois ans à peu près que je n’ai pas vu un visage amical ou entendu des paroles gentilles à mon égard. Juste de la méfiance, de la crainte et même du mépris pour certains… Aujourd’hui j’ai décidé de devenir chasseur. Pourquoi je ne le sais pas… En réalité c’est comme si une force intérieure me poussait à choisir cette voie. Je me suis donc rendu à l’échoppe du forgeron avec tout l’argent que mes parents m’avaient légué. Mon choix se porta sur une cote de maille noire, des gants, des bottes et un pantalon de cuir rouge. Je m’équipai également d’une longue écharpe faite en peau de Ioprey (un carnivore rodant dans les marais entourant mon village.) pour dissimuler la partie basse de mon visage. Encore une fois je ne sais pourquoi… En guise d’arme, je choisis de m’équiper d’un long et majestueux sabre. Cette arme portait le nom de «Katana Fer Grâce» d’après le forgeron. Elle était noire et grise, simple mais magnifique à la fois... A peine je la pris dans mes mains que j’entendis des mots résonner dans mon esprit : Lame des Cieux… Je décidé alors de la rebaptiser ainsi. Maintenant je n’avais plus d’argent, seulement des équipements pour la chasse et des soins en tout genre.
Une fois chez moi je pris mon sac, fait en peau de Gypceros (un étrange wyvern qui traîne dans les marais) et y plaça tous les objets nécessaire à la survie d’un chasseur. Je décidai de partir au milieu de la nuit. Ca y est. Il est bientôt minuit, l’heure de quitter ce village pour une vie de chasse… Je me dirigeais vers la porte quand quelque chose capta mon attention. Je regardai par la fenêtre pour voir la lune se faire avaler par les nuages. Etrangement cela réveilla tous mes souvenirs, enfouis dans les méandres de ma mémoire. Des souvenirs si sombres et sanglants…
C’était comme dans un rêve, je me tenais au dessus de moi-même, tel un esprit tourmenté. Je me vis alors, âgé de treize ans, l’épée de mon père dans ma main, m’avançant vers mes parents, une lueur ardente dans le regard. Je me vis les égorger, les éventrer et les démembrer... Je me vis jeter l’épée au sol, avant de regarder le même ciel nocturne qu’aujourd’hui. Je me vis sourire, le sang de mes parents teintant mes mains de rouge et tachant mon visage.
-Non… Non… non… non… Ca … Ca peut pas… être vrai… Chuchotai-je alors, à genoux, les paumes plaquées au sol. -Je ne les ai pas tué… Si ? Ce fut une voix douce et chaleureuse qui me répondit : -Et si… La même voix commença alors à répéter ces mots fatidiques : «tu les as tué…» indéfiniment. Ces mots lourds de sens résonnaient dans ma tête, me torturant. Soudain je vomis, incapable de supporter le fait d’être le meurtrier de mes parents, tant chéris. Je me relevai avant de frapper les murs de ma maison en hurlant : « POURQUOI ?! Pourquoi ?! » Ma démence se stoppa net quand la voix résonna dans ma tête. Je crus être fou mais… : « Non, tu n’es pas fou. Juste maudit… Maintenant chasse. Entraînes-toi, deviens plus fort. Et sers moi comme il se doit… » Je ne sais pas pourquoi, et je ne le saurais sans doute jamais mais… J’obéis. Je quittai ma demeure avant de l’incendier et de partir en courant dans les ténèbres du marécage. Ma nouvelle vie allait commencer. Ici et maintenant, dans ces marécages. Mon nom ? Jester.
Six jours. Cela fait maintenant six jours que j’ai quitté ce village qui me haïssait. Six jours que je n’avais pas vu un seul visage humain. Tant mieux. La solitude m’avait consolé et j’avais décidé de lui rester fidèle. Ma seule amie… Je m’étais nourris en faisant cuir des champignons bleus ainsi que des cochons sauvages nommés Mosswines. Après mon repas du soir, je soufflai sur les braises chaudes afin de les raviver puis m’endormi à coté du feu. A mon réveil, il ne restait que des cendres, tout comme de la maison qui m’accueillit pendant ces seize dernières années… J’essuya une larme et reprit ma route vers l’est. J’avais l’étrange sentiment que les réponses à toutes ces questions qui tourbillonnaient dans ma tête se trouvaient au cœur du marais. Et puis il y avait cette voix qui me chuchotait sans cesse d’y aller… Au moins j’avais un but. Le brouillard était épais et on n’y voyait pas à plus de dix mètres. Des ombres apparaissaient ici et là, avant de se volatiliser à nouveau. Les Maraudeurs… Dans ces marais, une rumeur coure. De temps à autres, des gens disparaissaient, emportés par ce qui se cache dans la brume vers un lieu inconnu. Pour ne jamais revenir. Ces bois désolés et envahis par la brume, ces marécages sombres et ces grottes glaciales et terrifiantes… La région des marais est une terre habitée par la peur et les pleurs, un domaine ou la mort règne en maître, aux cotés des mythes macabres. L’effroi s’emparant de mon cœur, je sortis lentement mon sabre de son fourreau et me mis en position de combat. Silencieux. Je retins mon souffle en imaginant ce qu’il pourrait m’arriver si jamais je faisais attraper par ces créatures… Au bout d’une minute, les silhouettes s’évanouirent et je m’autorisai enfin à respirer. Le danger était passé, je ne sais pourquoi mais j’avais été épargné… Mon cœur reprit peu à peu un rythme normal et je me remis en marche, plongé dans mes pensées les plus noires.
Ce fut un bruit sur ma gauche qui m’obligea à revenir à la réalité. Des pas, lents et mesuré, comme si on me traquait… Je décidai de faire mine de ne rien avoir entendu et continuai. Soudain les pas s’accélérèrent brutalement et je roulai sur le coté avant de me retourner. Je vis alors un carnivore aux écailles rouges claquer ses mâchoires à l’endroit exact où j’étais une fraction de secondes plus tôt. Il faisait à peu près ma taille et avait des muscles puissants au niveau des pattes, lui permettant des bonds extraordinaires et des foulées rapides. Sa gueule allongée était garnie de crocs et de petites poches à venin se situaient à l’arrière de sa tête. Un Furogi… Je dégainai mon épée rapidement et l’abattit sur le coup du prédateur mais celui-ci esquiva d’un saut en arrière. Déterminé, je bondit à sa suite et le décapitai avant qu’il n’ait le temps de riposter. Une gerbe de sang aspergea alors mes vêtements ainsi que le sol boueux. Je sentis un irrépressible sentiment d’extase et de satisfaction monter en moi et laisser cours à ma joie : -J’ai tué ! J’ai chassé ! Je partis alors d’un rire incontrôlable, terrifiant, presque inhumain… J’aimais tuer. Prendre la vie, ce pourquoi je suis sur ce monde. J’aimais faire couler le sang. Je revis alors ces images d’horreur, lorsque j’ai massacré mes pauvres parents. Un sourire malsain étira mes lèvres… Soudain une douleur vive me transperça le bras. Je baissais les yeux et m’aperçut qu’un autre reptile m’avait mordu… Ivre de rage, je lui fis lâcher prise d’un formidable coup de poing sur le crâne. Un craquement sinistre se fit entendre et la bête s’affaissa à mes pieds. Mort. Avant que je n’ai le temps de savourer cette seconde victoire, deux Furogi m’attaquèrent, un par la droite, l’autre par la gauche. Je sautai en arrière pour voir les deux reptiles s’entrechoquer violemment. Sonné mais encore en vie, ils se tournèrent vers moi mais un mouvement circulaire de ma Lame des Cieux mit fin à leur misérable vie. Mes lèvres s’étirèrent de nouveau quand je vis une silhouette se dessiner à travers la brume. Mais mon sourire disparut quand je vis le monstre auquel j’avais affaire… Deux fois plus grand que les autres carnivores, une énorme poche commençait à l’arrière de son crâne pour se terminer à la base de son cou. Elle était remplie d’un venin mortel pour l’homme… Le chef de meute des Furogi : le Dosufurogi. Il poussa un rugissement et me chargea, tête baissée. Je me mis hors de portée d’une roulade sur le coté et entailla la patte arrière droite du carnivore d’un coup de sabre. Il me dégagea d’un coup de cette même patte, comme si je ne l’avais même pas effleuré… Je fus propulsé contre un arbre mort, tout l’air quitta mes poumons d’un coup. Comme si cela ne suffisait, le monstre me frappa de toutes ses forces avec sa queue, m’écraser un peu plus contre le tronc pourri. Je laissai échapper un cri de douleur puis le bois céda et je me retrouvai projeté au sol comme une poupée de chiffon. Avant que je n’aie le temps de me relever, le chef carnivore s’élança vers moi pour tenter de me broyer les os sous son poids. Je roulai sur le coté, et me remis sur pied d’un bond. Je fis face à mon adversaire et évitai habilement les morsures, tantôt en me baissant, tantôt en reculant. Je compris la faille de cette stratégie quand je me retrouvai acculé contre un autre arbre… La peur de mourir fit battre mon cœur à toute vitesse. Je vis les mâchoires se rapprocher et pensai que c’était la fin… Mes paupières s’abaissèrent pendant cette fraction de seconde qui me parut durer des années…
-Ouvre les yeux. Ordonna une voix douce et envoûtante. -Quoi ?! M’exclamai-je en obéissant. Je me trouvais dans un lieu vraiment étrange. Des tableaux aux couleurs sombres et pastels flottaient dans les airs, ici et là. Les nuances qui les composaient se mélangeaient parfois, créant des tourbillons colorés auxquels on ne comprenait plus rien. Une brume noir et rouge émanait du sol et je voyais des yeux qui s’ouvraient et se fermaient par intermittences. Des coulées de poison détruisaient les toiles par endroits. Un monde fou… -Exactement, un monde fou. Déclara un homme qui se tenait à quelques mètres de moi. Il était habillé avec classe et prestance, son teint blafard et ses manières nobles allant parfaitement avec sa voix. Une cicatrice noire était dessinée sur son cou, contrastant violemment avec le reste. -Nous sommes dans ton esprit, et ce monde si étrange le représente… Reprit-il. -Je comprends rien… T’es qui toi ? -Mon nom est Lucifer. Je suis un démon. Déclara-t-il avec élégance. Bon maintenant survis.
Je rouvris les yeux brutalement et me baissai par pur instinct de survie. Les terribles crocs du Dosufurogi se refermèrent sur le tronc. Je pus voir le venin ronger le bois à vue d’œil… Sans perdre de temps j’envoyai un uppercut du droit dans la mâchoire inférieure du monstre aux écailles rouges, lui arrachant un jappement de douleur. Continuant sur ma lancée meurtrière, je traçai une ligne sanglante sous le ventre du monstre. Dominé par la fureur, le monstre parvint à m’atteindre à la tempe avec sa queue, en effectuant un demi-tour sauté… La puissance de l’attaque me propulsa au sol. Je me mis à genoux avec difficulté en crachant du sang pour voir le carnivore ouvrir la gueule et cracher un épais nuage de gaz empoisonné… Le sol couvert de boue était maintenant méconnaissable tant l’hémoglobine avait coulé. Je retenais mon souffle mais je savais bien que mon choix était plutôt mince… Mourir étouffé ou mourir empoisonné. Je choisis le poison, j’étais trop lâche pour m’empêcher d’inspirer jusqu’à la mort… Le venin me brûla la gorge ainsi que les poumons, mon cœur s’accéléra pour battre à un rythme effréné. Malgré la souffrance immense, je tendis le bras pour récupérer mon katana. Je raffermis ma prise et relevai la tête, lançant un regard assassin au prédateur venimeux. Celui-ci, me présenta son flanc puis se propulsa grâce à ses puissantes pattes dans ma direction. Je compris rapidement que si je restais là sans bouger, je me retrouverais les os brisé… Je me jeta sur ma droite et en me relevant, traça, un demi cercle avec ma Lame des Cieux. Dans une explosion écarlate, le Dosufurogi fut fauché, avant de s’effondrer. Le massacre put enfin commencer. Les traits déformés par une folie meurtrière, je trancha, taillada, transperça… Je me servis également de mon poing droit, brisant côtes, phalanges ou dents à mon adversaire agonisant. Il poussait des petits cris aigus dans lesquels résonnait une douleur intolérable. Epuisé par ce déferlement de violence, je levai mon sabre au dessus de ma tête puis le planta brutalement dans le cœur de ma victime. Je tombai alors en avant, m’appuyant sur mon épée. Trop. Beaucoup trop… Dans un bruit cristallin, mon katana se brisa en deux en même temps que ma volonté de rester conscient. Je m’écroulai dans la boue, aux cotés d’un amas de chair sanguinolente…
Un poison me ravageait de l’intérieur, rongeant peu à peu mes organes, mes os… Mais un autre venin, plus terrible encore, coulait dans mes veines. Un venin, qui n’a aucun antidote si ce n’est la fin inéluctable qu’est la mort. La folie.
Sujet: Re: Evil Chronicles Jeu 16 Déc 2010 - 17:06
Chapitre II : Une main tendue
La première chose que je vis lorsque j’ouvris les feux fut des crocs immenses fondant sur moi… J’eus un mouvement de recul avant de comprendre que ce n’était que des stalactites et que j’étais dans une caverne. Encore trop faible, je replongeai dans l’inconscience… Etrangement, je ne me retrouvai pas dans ce monde fou qu’est mon esprit. Je nageai simplement dans les ténèbres, errant à la recherche de la lumière… A nouveau mes paupières se levèrent, mais cette fois-ci c’était différent. Un homme se tenait devant moi. Sa peau était plutôt pâle mais ses grands yeux verts rajoutait un peu de couleurs chez lui… Ses longs cheveux noirs de jais encadraient son visage fin. Il avait la main tendue. Au creux de sa paume se tenait une orange, un fruit délicieux provenant des contrées du Sud. Elle était déjà épluchée. Je souris en la prenant, avant de mordre dedans à pleines dents. L’inconnu me regardait avec une lueur d’amusement dans les yeux. Entre deux bouchées, je parvins à articuler : -Merci beaucoup ! -De rien, c’est normal. -Mais euh… T’es qui ? Demandai-je légèrement méfiant. Le jeune garda le silence pendant un court instant avant d’ouvrir la bouche : -Mon nom est Nemeal… Cette caverne est là où j’habite parce que le village dans lequel j’habitais a été détruit il y a plusieurs années par deux wyverns assoiffés de sang… Je suis le seul survivant, de ce gigantesque massacre. Il marqua alors une pause, et je pus clairement imaginé ce qu’il ressentait… La haine et le désespoir. Des images de cadavres et de maisons en ruines apparurent dans mon esprit et je ne pus m’empêcher de frissonner… Mon hôte se leva et quitta la grotte. J’en profitai pour l’examiner de plus près. Un matelas était posé à même le sol non loin de moi et une sorte de table trônait au centre de la cavité rocheuse. Dessus on pouvait voir plusieurs oranges, et un magnifique pendentif terminé par une croix d’un bleu pur. Je ne pus détacher mon regard de cet objet, tant les détails étaient nombreux et parfaits… Je fus brutalement tiré de ma torpeur lorsque la main de Nemeal se referma sur le collier. Il le remit autour de son cou et déclara en souriant : -Le seul souvenir qui me reste de mon village… J’y tiens plus que tout. Je compris aussitôt que ce sourire là était un masque, porté pour dissimuler une tristesse profonde… Je décidai de changer de sujet : -Mais pourquoi tu m’as sauvé ? -Parce que tu m’as fait penser à moi… Tu étais seul à coté du cadavre de ce monstre, inconscient. Ca m’a rappelé quand j’ai du apprendre à survivre dans les marais après la destruction de mon seul foyer… J’avais à peu près ton age, c’était il y a onze ans. Maintenant j’ai vingt-six ans et rien n’a changé… Et merde. J’avais fais une bourde en ramenant le sujet sur son triste passé. Lorsqu’il décela mon trouble, Nemeal me rassura en disant que ce n’était rien de plus qu’une partie de son passé, que cela n’avait plus aucune importance. Mais je voyais bien qu’il mentait… -Mais en fait tu viens d’où ? Demanda-t-il subitement. -Je… J’a du quitter mon village. J’avais pas ma place là-bas… Répondis-je à voix basse. Mon sauveur garda le silence, ce résumé bref lui suffisait. Il se leva, marcha jusqu’à un coin non éclairé de la grotte. Il se baissa, ramassa quelque chose enveloppé dans du tissu et me l’apporta. -Tiens, je crois que ça t’appartient. Mon épée. Elle était brisée en deux et le morceau de lame rattaché au manche faisait à peu près la taille de mon bras déplié. Elle était beaucoup plus légère et maniable. Tout compte fait, je la préférais comme ça… Je remerciai à nouveau Nemeal qui se mit à rire en me montrant à son tour son arme : une longue chaîne d’or et d’argent parsemée d’épines. Je me rendis compte alors qu’il portait une armure argentée. Un chasseur. Lui aussi.
A partir de ce jour, je bannis la solitude. J’avais trouvé, un mentor, un modèle et par-dessus tout, un ami. Plusieurs mois passèrent, au cours desquels j’appris à connaître les monstres qui rodaient dans les marais… Etrangement, le démon qui se cachait au cœur de moi être ne s’éveilla pas, me laissant enfin vivre. Enfin c’est ce que je croyais… Jusqu’à ce funeste jour d’hiver. Les nuages noirs de l’orage avaient envahis le ciel et menaçaient de déverser leur colère à tout moment… L’odeur du sang avait empli l’air. Je me remémorai le premier Kut-ku que j’avais tué, sous la tutelle de Nemeal. Grâce à mon nouveau style de combat, je l’avais tué très rapidement pour un débutant… C’est d’ailleurs mon maître qui m’a apprit à perfectionner ce style. Je me rappelai avoir assommé le wyvern rose d’un uppercut magistral dans la mâchoire, avant de lui trancher la gorge. Mes coups de poings ravageurs complétaient parfaitement mes rapides coups de katana. Je repensai alors à toutes ces soirées passées au coin du feu, dans la caverne de Nemeal… Tous ces regards complices échangés et tous ces rires. Je me souvins de toutes les leçons de chasse, tous ces entraînements passés contre des petits monstres ou des grands herbivores… Mon premier Khezu. Immobilisé par mon mentor, éventré par la Lame des Cieux. Nos visites dans le village le plus proche, pour refaire le stock de provision et d’objets utiles à la chasse. Ces beuveries à la taverne, ces danses avec les jeunes filles du village. Tout me revint en mémoire d’un bloc. Chaque monstre abattu, chaque mouvements d’épée. Tout. Je tombai à genoux dans cette mare de sang. On venait de tuer le Nargacuga qui sévissait dans les marécages depuis des semaines… J’avais tant progressé, et pourtant il me restait tant à apprendre. -Alors pourquoi ?! Hurlai-je devant le cadavre méconnaissable de Nemeal. POURQUOI ?! Mes larmes se mêlèrent au sang de mon seul ami, l’homme qui m’avait sauvé… Je martelai le sol de mes poings gantés, la douleur me criant d’arrêter mais je fis la sourde oreille. Je le méritais… Je l’avais tué. Nemeal…. Le démon avait frappé. Ma folie avait volé sa vie.
Je fermai les yeux pour mieux visualiser le dernier moment que nous avions passé ensemble. C’était le soir même, nous venions de rentrer à la caverne. J’avais enfin trouvé le courage de lui avouer qu’un terrible monstre se cachait en moi… Inquiet je guettais sa réaction, arrêtant de respirer. Il avait d’abord avant de me dévisager avec stupeur et effroi, réalisant que ce n’était pas une blague… Il plongea ses yeux d’émeraudes dans mes yeux d’ébène et déclara avec fermeté : -Nous allons exorciser cette malédiction, crois moi ! - Je crois pas que ce soit possible… -Si ! Peu importe le moyen, nous te sauverons de ce démon… Lui qui voulait tant me sauver de ce sombre passager était mort de ma main, Lucifer tirant les ficelles… A cet instant je ne ressentis pas le sentiment de haine ou de désir de vengeance que j’aurais du avoir. Juste le désespoir et la résignation… A quoi bon lutter contre un ennemi qui ne peut mourir mais qui peut vous contrôler ? Je secouai la tête violemment. Non. Je ne devais pas céder à son contrôle ! Je devais lutter et le bannir de mon âme ! Mes paupières chutèrent sans prévenir et je me retrouvai dans le monde fou… Mon propre esprit.
-Je quitterais ton esprit. Annonça le démon de but en blanc. -Quoi ?! -Dès que tu auras accompli ma volonté… Je serrai les dents en entendant ces mots. Je lui jetai un regard empli de haine et de colère avant de cracher : -Et pourquoi je ferais ça ? -Parce que tu veux vivre. Même en sachant que tu es un danger public, tu veux vivre. Tu as tué ton seul ami et pourtant tu continues à désirer survivre… La folie n’est ton seul fardeau. Chuchota-t-il. -Je… Je suis… Enfin c’est… Balbutiai-je parfaitement conscient de la véracité de ces propos. J’enfouis mon visage dans mes mains, laissant couler mes larmes… Ce poison qui coulait dans mes veines et qui faisait battre mon cœur, me consumait lentement, commençant par dévorer ceux qui m’entouraient… -J’ai besoin de puissance ! Lâcha Lucifer.
Je devais aller à la Cathédrale des Pleurs. Pourquoi ? Je ne le sais pas moi-même… Lucifer m’a simplement ordonné d’y aller. Et j’obéissais. Avais-je vraiment le choix ? Je quittai la caverne pour voir qu’il pleuvait… C’était comme si les cieux pleuraient la mort de mon seul ami. J’enterrai Nemeal devant sa dernière demeure, malgré le froid, la boue et la pluie. Rien ne m’atteignait tant j’étais troublé et perdu dans de bien noires pensées… Le jour même, je repris la route. Je frissonnai en voyant toutes ces ombres qui dansaient dans la brume. Les Maraudeurs… Je ne devais surtout pas me laisser prendre si je voulais rester en vie, c’était bien la seule chose que je connaissais à propos de ce marécage. Les jours passaient et se ressemblaient tous. Ce marais est si grand… Mon périple devint alors une longue monotonie terriblement ennuyante et angoissante à la fois. Je sursautai à chaque bruit et pourtant, rien n’arrivait… Le neuvième jour, un craquement retentit dans mon dos. Il était plus bruyant que tous ceux que j’avais entendu jusque là et pourtant je continuai, imperturbable. Je le regrettai à l’instant où une griffe géante traça une ligne écarlate sur mon dos, m’arrachant un cri de douleur. Je me retournai d’un bond pour voir qu’un majestueux crabe se tenait face à moi… Sa carapace bleu azur était magnifique et ses longues pinces étaient semblables à des lames acérées. Une corne tranchante ornait son front, lui servant probablement à creuser et à empaler ses proies… Un crâne géant protégeait son dos fragile et ses longues pattes musclées lui permettaient de se déplacer très rapidement pour un carapaceon de cette taille. Un Ceanataur Shogun… La Faucille Bleue du marais. Je pris un breuvage revitalisant tout en toisant mon adversaire. Je voyais bien que ça n’allait pas être facile… Au bout d’une quinzaine de secondes il passa à l’attaque.
J’esquivai son offensive d’un bond vers l’arrière, et je pus voir que sa griffe s’était plantée dans le sol boueux… Mais il n’avait pas fini. Il planta sa seconde griffe à l’endroit exact ou je me trouvais une fraction de secondes plus tôt : mu par un instinct de survie hors du commun, je m’étais mis hors de portée d’une roulade sur le coté. Je poussai un soupir de soulagement avant de me baisser rapidement, évitant ainsi la décapitation pure et simple. Cette armure Nargacuga était exceptionnelle ! Elle offrait une liberté de mouvement sans égal et une légèreté incomparable ! Soudain, une lame bleutée plongea vers mes jambes mais je reculai à temps. Une ouverture ! Je profitai de cet instant pour dégainer mon sabre et enfiler mon gant de combat. Je bondis alors vers ma cible avant d’abattre mon katana raccourci sur la pince du crabe. Malheureusement, mon arme rebondit sur la carapace épaisse qui la recouvrait et je fus balayé tel un fétu de paille... Si je n’avais pas eu la présence d’esprit de mettre mon épée entre sa lame et moi, j’aurais été tranché en deux, ni plus ni moins… Je sautai sur le coté, pris appui sur un tronc d’arbre et me propulsai sur la créature. Je lui assénai alors un coup de poing d’une violence inouïe au niveau de son œil gauche, le faisant littéralement éclater ! Un cri étouffé sortit de la gueule du carapaceon qui recula vivement. Il me fixa de son dernier œil et je pus y lire une rage animale, une haine bestiale. Il déploya ses pinces entièrement et j’eus un mouvement de recul : sa portée avait doublée… Je n’avais jamais combattu ce monstre mais une phrase de mon mentor revint dans ma tête : « Il n’est jamais bon d’énerver un Ceanataur Shogun ». Ce dernier se jeta sur moi, les griffes en avant. Je tentai de parer une attaque du crabe bleu mais sa puissance me fit valser contre un arbre. Légèrement sonné, je vis une lame osseuse fondre vers moi. Je plongeai à terre, ayant recouvré mes esprits subitement. Je me relevai d’un bond et fit face à mon ennemi. Dans ce genre de combat loyal, seul le plus fort peut espérer triompher de l’autre. Avec ses pinces déployées, le Ceanataur Shogun faucha tout autour de lui… Rien ne lui résistait. Les arbres s’écrasaient avec fracas, les rochers éclataient et les plantes se couchaient devant lui. C’était bien lui le maître suprême du marais. Je sautai par-dessus sa griffe mortelle et réussis à tracer une ligne sanglante en travers de sa tête. Je continuai sur ma lancée meurtrière et asséna un violent direct du droit au niveau de la gueule du monstre. Cependant, il réussit à m’entailler la jambe profondément en rabattant ses pinces vers lui. Je jetai au sol un fumigène, créant un véritable écran de fumée, augmentant de manière considérable le brouillard. Je profitai de cela pour me cacher dans un arbre et soigner rapidement ma jambe. J’enlevai ma botte pour voir que la plaie saignait abondamment… Je pris une poignée d’herbes médicinales de ma bourse et les collai contre la blessure. J’enroulai alors un bandage autour puis remis ma botte. Le combat pouvait reprendre. Je me laissai glisser souplement et silencieusement au sol, malgré le sol couvert de glaise et de vase. Une ombre se déplaçait dans la brume, en déracinant tout sur son passage. C’était bien ma proie… Je ne pus réprimer un sourire avant de m’élancer à toute vitesse sur le crabe d’azur. Il se retournai en entendant mes pas dans la boue et projetai sa pince gauche droit vers moi. Je me baissai et laissai mon élan m’emporter jusqu’au monstre. Une fois à portée, je tendis mes jambes au maximum, forçant mon corps à se redresser d’un coup. Cela me permis de porter une attaque ascendante d’une puissance incroyable, tranchant presque une des pattes du carapaceon géant. -Plus qu’un coup et celle là tombe murmurai-je pour m’encourager. Soudain, contre toute attente, le monstre creusa le sol fébrilement avant de s’enterrer. Je fermai les yeux et me concentrai sur ce qui m’entourait mais surtout sur ce qui venait sous mes pieds. Je sentis la terre trembler légèrement, alors j’effectuai un bond vers l’avant. Le Ceanataur Shogun sortit brutalement, et referma ses pinces sur… De l’air. Une ouverture parfaite ! Je me retournai en tenant mon sabre à l’horizontale, traçant un arc de cercle sur la corne du crustacé démesuré. Du sang violet gicla lorsque la Lame des Cieux pénétra la chair avant de trancher une partie de la corne qui faisait la fierté de ce maître du marais. La bête s’enfouit à nouveau dans le sol en poussant un gémissement de douleur à peine audible. Cette fois-ci je décidai de changer de tactique ! J’escaladai un arbre en me tenant grâce à mon bras droit, ma jambe droite en appui. Mon katana pendait dans le vide, attendant patiemment son instant de gloire… Le crabe bleu sortit au bout d’une vingtaine de secondes, enragé de ne pas avoir pu me trouver. Il regardait autour de lui, cherchant avec haine le misérable humain qui lui avait pris son œil. -Vise plus haut ! Lâchai-je en m’élançant dans le vide. La terre m’attira avec force, augmentant ma vitesse et mon poids… Mon épée mordit avec fougue la carapace, puis la chair de mon adversaire dans une explosion de sang violet. Je laissai alors cette rage meurtrière prendre le dessus. J’arrachai violemment la patte blessée avec ma main droite, répandant encore plus de cette hémoglobine sombre. D’un mouvement de bras rageur, je tranchai entièrement la corne du crabe bleu azur… Je riais. Au moment où j’allais trancher une seconde patte, je sentis une douleur atroce au niveau de mon bras droit. Un flot de sang en jaillit, et je pris conscience de ma stupidité : j’avais foncé sans réfléchir et attaqué sans chercher à me protéger… Et maintenant j’avais le bras entaillé jusqu’à l’os. Je parvins à m’éclipser en roulant et sautant avant de plonger derrière un tronc épais. Je versai un liquide sur la plaie, m’arrachant un cri de souffrance. Je me maudis pour avoir révéler ma position dans u moment pareil… Je pansai sommairement la plaie avant de me relever en titubant. J’avais perdu trop de sang… Ma vue se brouilla et je tombai, le visage dans la vase.
Une goutte tomba sur ma joue. Etait-ce vraiment la fin ? La bave du monstre qui venait m’achever ? Je réfléchis un instant avant de comprendre que ça ne pouvait pas être ça. Le Ceanataur Shogun m’aurait achevé avec ses terribles griffes… Alors c’était quoi ? Je sentis une autre goutte puis j’en vis une multitude s’écraser sur et autour de moi. La pluie… C’est pour ça qu’il ne m’avait toujours pas retrouvé ! La pluie avait masqué mon odeur et brouillait ma piste ! Il restait encore de l’espoir ! Je me remis sur pied avec quelques difficultés… Je sortis alors un flacon rouge et le vida dans ma bouche. L’effet de la potion antique fut quasiment immédiat : la fatigue et la douleur se volatilisèrent ! Maintenant, il s’agissait de retrouver ce monstre… Je courrais à travers le marécage, cherchant ma proie avec ardeur. Soudain une question germa dans mon esprit : pourquoi est-ce que je le cherchais ? Je pouvais m’enfuir, tout simplement… Un bruit sourd retentit derrière moi et je vis un arbre s’écraser à pied, coupant court à mes interrogations. Derrière le tronc déraciné se trouvait une silhouette menaçante, avec deux lames tranchantes de part et d’autre. -Alors t’étais là ? Déclarai-je avec une pointe d’excitation dans la voix. C’est à ce moment que la réponse se fit clair en moi. J’aimais ça… J’aimais me battre, j’aimais tuer. Je sprintai en direction de mon adversaire, mon bras droit se laissant ballotter. Je n’arrivais plus à le bouger, probablement à cause de la blessure que ce monstre m’avait infligée… Tant pis. Le bras gauche allait suffire… Du moins je l’espérai. Dès que je fus à portée, j’abattis ma Lame des Cieux droit devant moi. Malheureusement, je ne tranchai que de l’air. Le crabe bleu s’était déplacé à une vitesse hors du commun pour se déplacer derrière moi… Tout en plongeant sur le coté, je me rendis compte de l’extraordinaire force et ténacité de mon adversaire : avec une patte en moins, il était encore capable de se déplacer à une vitesse pareille ! J’effectuai alors une roulade qui me permit de me retrouver sous le monstre. A l’abri de toute attaque, je coupai net une seconde patte dans une fontaine de sang violet … Il perdit alors l’équilibre et s’écroula lourdement au sol. -Plus que deux lâchai-je, un sourire malsain étirant mes lèvres. Je fermai les yeux et empêchai mon alter ego meurtrier de prendre le dessus… Ce noble adversaire méritait une mort digne et honorable ! Je me tins debout face au Ceanataur Shogun, renversé sur le coté, impuissant. Je mis mon sabre devant moi et me concentra. Au bout de quelques secondes, je fonçais sur la bête et traça une ligne sanglante sur son ventre avant de rengainer mon arme. Le tout en une fraction de secondes. -Adieu. C’était un beau combat…
Je ne pus la contenir plus longtemps… La folie m’emporta. Je me jetai avidement sur le crabe en lui arrachant sa carapace à mains nues. J’enfonçai mes mains dans sa chair rose, en extirpant des morceaux énormes… Les yeux baignant d’une lueur malsaine, je me mis à dévorer mon adversaire… J’étais bel et bien un monstre.
Environ une heure plus tard, j’étais redevenu moi-même mais j’étais maculé de sang violet… Je décidai de l’ignorer et je me remis en route. D’ailleurs comment savais-je où aller ? Ce démon ne m’avait donné aucune indication et pourtant je savais… Un bruissement derrière moi m’arracha à mes pensées. Je me retournai, lame en main, prêt à en découdre. En effet j’avais réussi à récupérer mes forces et je pouvais à nouveau mouvoir mon bras droit. Un rugissement retentit, bientôt rejoint par un autre… Deux silhouettes percèrent le manteau de pluie… Les Loups de la Tempète.
Les silhouettes s’avancèrent dans la faible lumière et je pus les admirer. Deux loups de la taille d’un Congalala, l’un blanc comme la neige, l’autre noir comme les ténèbres. Chacun des loups possédaient des canines terrifiantes de la taille d’une petite épée ! Une crête de poils se dressait sur leur dos, et leur queue puissante s’agitait de façon menaçante… Soudain, ils hurlèrent simultanément, comme pour s’encourager mutuellement. Ils bondirent dans ma direction… Ils couvrirent la vingtaine de mètres qui nous séparaient en quelques secondes avant de projeter leurs crocs vers l’avant. J’esquivai les deux attaques en reculant vivement, puis du me baisser afin d’éviter une patte griffue. Malheureusement je ne pus éviter les griffes du canidé noir qui me projetèrent au sol dans une gerbe de sang. Etendu dans a boue, le visage vers le haut, je pus voir une silhouette masquer la lumière. Etait-ce la mort qui venait me chercher ? Etait-ce vraiment la fin ? Je compris brutalement et roulai sur le coté pour voir le loup blanc s’écraser à l’endroit exact où je me trouvais une fraction de secondes auparavant. Je me relevai d’un bond et trancha l’air en direction de mon agresseur… Mais ne rencontrai que du vide. La bête avait effectué un magnifique bond vers l’arrière qui l’avait mis hors de portée. Ce fut alors au tour du monstre noir d’attaquer : il sprinta vers moi et m’asséna un puissant coup de tête qui m’envoya valser contre un arbre… Je m’écrasai lamentablement au sol. Je désespérais. Que pouvais-je faire contre deux ennemis de ce niveau ? Puis l’instinct de survie repris le dessus. Je me relevai péniblement, cracha du sang qui vint se mêler à l’eau nauséabonde du marais. Les Loups de la Tempête me toisaient d’un air supérieur. Je croisai leur regard et pus lire une rage animale, ainsi qu’un désir de tuer… Je me jetai vers l’avant, sauta par-dessus la gueule de la bête blanche et atterrit à sa gauche. Je continuai ma course tout en plantant mon sabre dans le flanc de l’animal, lui traçant une ligne rouge sur tout le coté. Je me retournai brusquement et balança mon poing dans la gueule du loup immaculé qui hurla de rage ! La puissance de son cri était telle que je fus propulsé à quelques mètres de là ! Je me relevai d’un bond, ignorant la douleur et pris appui sur un arbre pour augmenter la vitesse de ma course. J’allais atteindre ma cible quand je sentis une masse de muscles et de poils me percuter avec violence au niveau de mon épaule. Je perdis presque connaissance sur le champ… Le loup noir referma ses mâchoires sur mon bras et tira de toutes ses forces… J’entendais mes os craquer, voyais trouble… La seule chose que je ressentais était une douleur indescriptible, c’était comme si on s’amusait à me broyer tous les os de mon corps, un par un et très lentement… Soudain un son étrange vint m’arracher à ce monde de souffrance. Une explosion.
La bête lâcha mon bras et je tournai la tête vers l’origine du bruit qui m’avait sauvé la vie. Un homme en armure se tenait là, une lance tendue vers le monstre au pelage de nuit. Il portait une armure jaune et bleue et son casque était enlevé, laissant flotter de longs cheveux argentés. Le loup noir surpris recula d’un bond pour se placer aux coté de son compagnon. Mon sauveur poussa un terrible hurlement et se rua sur les deux créatures… Quel inconscient. Alors mon sauvetage était un coup de chance, sa seule action d’éclat ? Je me traînai avec d’énormes difficultés jusqu’à un arbre mort et parvint à m’y adosser. Je devais voir l’issue de ce combat… J’en profitai également pour me soigner du mieux que je pouvais, pendant que cet inconnu occupait ces créatures sanguinaires. Je vis l’inconnu tirer plusieurs munitions avec sa lanceflingue sur les deux monstres, tout en esquivant leurs crocs et griffes ! Cet homme était complètement fou, il agissait comme si il n’accordait aucune importance à sa propre vie… Il la mettait en jeu alors qu’il était assuré de perdre… Il trancha le flanc du monstre noir, avant de tirer une munition dans la gueule du loup blanc. Il sauta par-dessus une patte griffue mais ne put éviter les crocs du second monstre qui lui arrachèrent un morceau de sa cuirasse, ainsi qu’une partie de sa chair, au niveau de l’épaule gauche. Il poussa un cri et planta son arme dans le ventre de son opposant. Celui-ci n’émit aucun signe de souffrance et poussa un cri terrifiant tant il était puissant. Sa crête se hérissa encore plus et prit une teinte rouge sang, contrastant avec le reste de son pelage, noir comme la nuit. Son compagnon l’imita et son dos s’orna d’une rangée de poils blonds. Les Loups de la Tempêtes venaient de rentrer dans leur colère tant redoutée…
Je pus voir les deux monstres inspirer profondément avant de cracher tout l’air qu’ils venaient d’avaler. Cela créa deux boules de vents compacts qui explosèrent en petits cyclones lorsqu’elles percutèrent le sol. Des bourrasques s’engouffrèrent entre les troncs, dispersant ainsi toute la brume qui régnait alors sur les marais. Les chauves-souris qui avaient élus domicile dans les cimes des arbres s’envolèrent en désordre, paniqués par ce vent violent et soudain. C’était comme si le marais entier fuyait devant la rage de ces deux créatures… Mais l’inconnu tint bon. Il resta là, les jambes ancrées dans le sol, faisant face à la tempête, comme un pirate fait face à l’horizon. Face à son destin… Je ne pus m’empêcher de ressentir une certaine admiration envers cet inconnu… Il m’avait sauvé la vie et maintenant il rivalisait à armes égales avec ces deux bêtes surpuissantes… Cet inconscient était incroyablement fort et habile malgré les apparences… Etrangement, c’est à ce moment qu’il décida de parler, enfin plutôt de hurler pour se faire entendre : -Je suis Thunder, le Tueur de Tempêtes ! Laisse moi me charger de ce Nono Orugaron et de son copain le Kamu ! Ajouta-t-il en levant le pouce, avec un sourire béat sur le visage. -Retournes-toi abruti, t’es en pleine chasse avec deux monstres enragés et toi tu commences à me parler ?! Le jeune homme m’obéit et fit face à ses deux adversaires. Il sprinta vers eux, sa lanceflingue pointée vers l’avant. Les deux monstres évitèrent facilement en se décalant, avant de se jeter sur le pauvre homme. Mais celui-ci ne l’entendait pas de cette oreille, il s’arrêta de courir d’un coup et se baissa, ce qui eut pour effet d’éviter les crocs des loups qui passèrent au dessus de lui. Je n’en, revenais pas… Ce mec se servait de son propre corps comme d’un appât ! Il attirait les monstres où il voulait puis les attaquait… Mon sauveur poussa un puissant cri de guerre et déchargea son chargeur sur le Kamu et le Nono, ce qui revenait à une munition par adversaire… Les deux bêtes se retournèrent en sautant, toutes griffes dehors. D’un mouvement de bras, Thunder écarta le loup au pelage noir, le Kamu mais ne pus en faire de même avec le Nono qui lui arracha une partie de son armure d’un violent coup de patte. Un cri s’échappa de la gorge du chasseur qui s’empêcha de s’écrouler grâce à son extraordinaire volonté ! Il planta alors la pointe de son arme sous le ventre du loup blanc et le projeta contre un arbre de toutes ses forces. La bête se releva en grondant, avant de cracher une tornade qui déracina un petit arbre, l’envoyant dans la direction du jeune homme qui eut une idée folle. Il sauta vers le haut, prit appui sur le tronc en mouvement et se jeta vers le Nono Orugaron. Il chargea un terrible feu de wyvern et déchaîna la puissance de sa lanceflingue sur le museau de la bête qui hurla de colère et de douleur. Alors qu’il se croyait vainqueur, une pointe rouge sang de la taille d’un avant bras se retrouva planté entre ses omoplates… Le chasseur inconscient tomba à genoux, les mains dans le dos, tentant vainement d’arracher ce pieu provenant de la magnifique crinière du loup noir. Le monstre cachait en effet de solides piquant dans cette crête imposante, qui se révélait être une arme mortelle…
Le Nono Orugaron, à peine blessé, bondit alors sur sa proie, l’attrapa à la jambe et cogna le corps du chasseur avec violence contre le sol. Soudain, la bête sanguinaire s’arrêta, leva la tête avant de jeter un regard à son compagnon, le museau en l’air lui aussi. Les Loups de la Tempête poussèrent l’un de leurs fameux hurlements doubles avant de s’enfuir dans les méandres du marécage… Je frissonnai de peur en comprenant à quel point la situation était critique : la seul chose qui pourrait forcer de tels monstres à fuir s’était un prédateur encore plus puissant… Je regardai le ciel qui s’assombrissait : il allait bientôt faire nuit… Il fallait absolument quitter cet endroit. Et vite. Je réussis à me remettre sur pied malgré le fait que mes jambes tremblent et marcha lentement jusqu’à Thunder. J’administrai le reste des breuvages revitalisants que j’avais à mon sauveur avant de panser ses blessures sommairement. Je traînai alors le jeune homme jusqu’à un trou entre les racines d’un arbre et le poussai de dans avant de l’y rejoindre. L’intérieur était plutôt spacieux pour un terrier, même si nous devions rester assis ou couché. Cependant, je repensai à une chose : l’occupant de ces lieux reviendrai forcément, je devais me parer à toutes éventualités, je décidai donc de rester éveillé toute la nuit. L’éventuel habitant de ce terrier ne vint pas nous déranger, et je m’endormis lorsque les premiers rayons du soleil filtrèrent à travers les racines qui étaient devant l’entrée du trou…
J’étais confortablement assis contre une grosse racine lorsque mon sauveur se réveilla, sous la voûte des arbres centenaires du marais. Il regarda autour de lui, l’air hagard, comme s’il ne se souvenait de rien. Encore trop faible, épuisé et blessé, il resta allongé. Un peu perdu, il me demanda : -Euh, je suis où là ? Et puis t’es qui, toi ? -Je suis l’homme que tu as sauvé hier, lâchai-je en souriant. Tu es le Tueur de Tempêtes, n’est ce pas ? -Ah oui, c’est bon je m’en souviens ! Je me suis bien amusé d’ailleurs ! -Imbécile, t’as faillis crever et moi avec ! Hurlai-je alors, énervé par son insouciance et ses actes stupides et irréfléchis de la veille. D’ailleurs pourquoi tu m’as sauvé ? -Comment aurais-je pu ignorer un confrère dans le besoin ? Déclara-t-il, son visage illuminé par un grand sourire. Soudain son visage s’assombrit et il continua : -Et puis… J’ai fais une promesse il y a quelques années. Mais je suis beaucoup trop faible pour la tenir, c’est pourquoi je… Je veux devenir plus puissant ! Il ferma les yeux et une expression douloureuse se peignit sur ses traits, ses mauvais souvenirs remontant à la surface… Une larme s’échappa et coula lentement sur sa joue, donnant un coté si mélancolique et triste à cet homme si dynamique un instant plus tôt. Il empoigna sa lanceflingue posée à ses cotée, la pointa vers la cime des arbres et hurla en pleurant, une main sur son visage : -Je tiendrais ma promesse ! Je ne connaîtrais plus jamais la défaite ! Justice sera rendue de ma main, je te le jure ! Un groupe d’oiseau s’envola bruyamment puis le silence se fit roi…
Cet homme… Je croyais qu’il n’était un imbécile borné, doté d’une chance incroyable mais, il s’avérait qu’il était beaucoup plus complexe que cela… Ses épaules soutenaient un lourd passé. Tout comme moi. J’essuyai mes yeux humides, ému par la scène à laquelle je venais d’assister et me levai lentement, pour ne pas troubler le paisible deuil du jeune chasseur. Je marchai jusqu’à une clairière dans laquelle la lumière régnait, grâce aux rayons du soleil qui avaient réussi à percer l’épais feuillage des arbres géants. Un troupeau d’aptonoths y broutait paisiblement. Une proie facile. Je quittai le couvert des arbres et bondis en direction des pauvres herbivores qui s’enfuirent dans le désordre le plus total, chacun luttant pour sa survie. Je remarquai rapidement le plus lent, un jeune mâle d’à peine cent kilos qui trottinait vers les arbres, sûrement pour rejoindre sa mère… Dommage pour lui, ce n’était pas vraiment son jour de chance. Je le rattrapai en quelques foulées rapides et lui asséna un terrible coup de poing sur le crâne, écrasant sa petite contre le sol. Je mis fin à ses souffrances et lui tranchant la tête d’un coup de sabre mais… Le monstre en moi reprit le contrôle. Tout ce sang sur le sol, cela m’enivrait à un tel point… Lorsque je redevins enfin maître de mes émotions, le cadavre sans tête gisait intact à quelques mètres… Mais j’étais couvert de sang… Un crâne d’herbivore était entre mes doigts, toute la peau et la chair autour ayant été rongées sauvagement… Je retournai l’os et découvris avec horreur que la cervelle avait également été dévorée… Je vomis, écoeuré par ce que je venais de faire avant de me frapper le torse violemment, comme pour obliger le Démon à quitter mon corps. En vain. Je me remis sur pied d’un bond et traînai le cadavre, non sans quelques difficultés jusqu’à l’endroit où Thunder se reposait. Il exprima son contentement en se jetant sur la viande crue, la dévorant à pleines dents. Je réprimai un haut le cœur avant de me rappeler ce qui était arrivé au Ceanataur Shogun ainsi qu’à la tête de l’aptonoth et me mis à rire. -Eh mais… C’est dégeulasse c’te viande !?!? -C’est normal elle est crue espèce d’abruti ! T’aurais quand même pu attendre que je la cuise ! -Ah ouais pas con… Déclara-t-il avec un grand sourire. -Fin bon, en tout cas je vois que tu as repris des forces ! -Ouaip, lâcha-t-il la bouche pleine. -Mais pourquoi tu continues à manger ! Mais t’es sur que t’as un cerveau ? Quel taré… Comment un homme pouvait-il réunir deux extrêmes comme cela, à savoir, une terrible tristesse, un fardeau émotionnel et une absence totale d’intelligence !? Cependant je l’aimais bien, et puis faut avouer qu’il était plutôt amusant ! -Que dirais-tu qu’on fasse un bout de chemin ensemble ? Demandai-je alors, prenait un air très sérieux. -Je… Quelle serait la destination d’un tel périple ? -L’inconnu. Soufflai-je avec un sourire énigmatique sur mes lèvres. -Bonne réponse… Tant que mon rêve se réalise. J’étais heureux. J’avais déjà trouvé un nouveau compagnon ! Puis je repensai alors au triste sort de celui qui avait occupé cette place avant Thunder… Nemeal. Je revis son cadavre couvert de sang, sa tombe érigée sous la pluie battante. Mes larmes se mêlant à l’eau qui ruisselait, mes pleurs couverts par le bruit du tonnerre… Ce monstre… Je devais lui obéir, pour qu’il quitte mon corps le plus rapidement possible… Si je luttais, je ne ferais que mourir de sa main... Je ne veux pas mourir. Non. Je ne mourrais pas. J’ouvris la bouche : -C’est au cœur du marais que nos pas nous guideront…
Deux hommes marchaient côtes, à travers le vieux désert, en direction d’une pyramide en ruines. Le plus petit des deux tenait entre ses mains une carte usée par le temps et la regardaient une certaine concentration. -Pas de doute, c’est bien là, lâcha-t-il après avoir jeté un ultime regard au papier ballotté par le vent. C’est la Pyramide du Sacrifice. -Bah c’est pas trop tôt ! Ca fait plus de deux heures qu’on est paumé ! S’énerva le second, qui dépassait son compagnon d’une bonne tête. -Tu vas pas commencer à me saouler Reyra… -Quoi ?! Comment oses-tu prononcer mon prénom sale enfoiré ! Je vais t’écraser ! Hurla-t-il en levant les poings. -Calmes toi espèce d’imbécile, on a une mission à accomplir… -Grrr… Au moindre faux pas, je t’arrache la tête, vieux connard ! T’es prévenu, Sylkael… -Pff… J’ai que cinq ans de plus que toi, alors revois ton vocabulaire. J’ai dix-neuf ans, je ne suis pas vieux. Lui répondit alors Sylkael d’un ton neutre. On entre. Sur ce, les deux « amis » pénétrèrent à l’intérieur de l’édifice à demi écroulé. L’intérieur était aussi délabré que l’extérieur, des blocs de pierres jonchaient le sol et des ossements étaient à demis enterrés dans le sable… Une torche unique éclairait la salle dévastée, permettant aux deux hommes d’apercevoir une trappe à moitié cachée par le sable. Sylkael s’accroupit, l’examina sommairement et l’ouvrit d’un coup, provoquant une avalanche de poussière à l’étage du dessous. -Allons-y, lâcha-t-il d’un ton neutre avant de bondir à l’intérieur du trou. -Ne me donne pas d’ordres ! Gronda Reyra en sautant à son tour. Ils se retrouvèrent dans un sous-sol étrange, rempli de sable, de poussière mais aussi de tombeaux… Des lames étaient plantées dans le sol, abandonnée par des guerriers vaincus par la terrible créature qui gardait ces lieux. Un tunnel si long qu’on n’en voyait pas le fond, s’ouvrait devant eux, les invitant à s’y engouffrer. Les catacombes baignaient dans une lueur pâle qui vacillait par intermittence… Les rangées de torches qui permettaient de voir menaçaient de s’éteindre à tout instant, ce qui plongerait l’édifice entier dans la pénombre la plus totale. Sylkael s’avança vers l’une d’elle, la saisit et pris et la tête en silence, avançant d’un pas déterminé vers le corridor souterrain. Au bout d’une heure de marche rapide, les murs tremblèrent légèrement et la poussière s’écoula du plafond par endroits, passant entre les blocs massifs de pierres ayant servis à construire la Pyramide. Les flammes se couchèrent un instant puis se ravivèrent enfin, après quelques secondes qui parurent durer des heures aux deux chasseurs. Si les ténèbres les rattrapaient, le Roi des Abysses ne ferait qu’une bouchée d’eux… Soudain un bloc de pierre s’écrasa devant Sylkael qui se stoppa net. -Il nous a repéré… Souffla-t-il, une goutte de sueur perlant sur son front. -On court. Lui répondit alors son jeune compagnon. A peine eut-il finit sa phrase qu’un hurlement guttural résonna dans les catacombes, provoquant la chute de tonnes de sable ainsi que des dizaines de blocs de pierre blanche. La puissance du cri était telle que les deux hommes durent se boucher les oreilles pour éviter d’avoir les tympans percés… Pire, les torches s’éteignirent brutalement, plongeant le tunnel dans le noir le plus total. -Putain de merde. Cracha Reyra.
Sujet: Re: Evil Chronicles Jeu 17 Fév 2011 - 18:44
Chapitre VI : Terreur Omniprésente
Cela faisait maintenant environ une semaine que j’avais rencontré Thunder… Le cœur du marais se rapprochait, j’allais enfin comprendre pourquoi je devais m’y rendre. Et puis j’avais le fol espoir que Lucifer quitte mon corps là bas… Ce monstre assoiffé de sang, amateur de carnage que j’accueillais en moi. Contre mon gré. Ce fut Mon nouveau compagnon qui me ramena à la réalité en posant sa main sur mon épaule. Il posa un doigts sur ses lèvres, pour m’interdire de parler et me montra une silhouette vacillante au loin… La brume épaisse qui régnait sur le marais nous empêchait de discerner clairement ce que c’était mais, je pouvais clairement affirmé que ce sentiment que je ressentais était… L’angoisse. Mal à l’aise, je fis signe au jeune chasseur de continuer, mais en faisant un léger détour. Il acquiesca, et je pus alors voir que la sueur perla sur son front et que son teint était plus pâle que d’habitude. Thunder avait peur… Nous contournâmes donc l’ombre dansante, et je pus m’empêcher de penser que ça ne pouvait être qu’un de ces maraudeurs, terreurs dans les légendes du marais. Mais que faisaient de tels esprits sur terre ? Pourquoi de tels être sanguinaires nous tourmentaient ainsi ? Un frisson parcourut mon échine lorsque le vent souffla à notre droite, à l’endroit où se trouvait la silhouette. Rien. Je me mis à paniquer, les cheveux dressés sur la tête, le teint livide et la respiration saccadée, comme si je manquais d’air. Comme si je cherchais à respirer le plus d’air possible avant que la mort ne me prenne… Je tournai la tête et m’aperçus que mon ami était dans le même état que moi, il regardait partout autour de lui, cherchant désespéramment une explication logique à ce phénomène terrifiant… Nous restâmes ainsi, immobiles, guettant chaque bruit avec une peur croissante. Soudain, un craquement sec se fit entendre. Je reconnus immédiatement ce bruit et frissonna de plus belle. Ce n’était pas une branche qui se brisait sous le poids de quelqu’un. C’était le bruit d’un os broyé entre de puissantes mâchoires… -Jester… Commença Thunder. Mais je le coupai d’un signe de la main. Attentif et extrêmement concentré, j’écoutai chaque bruit du marais, priant silencieusement pour que la créature ait arrêté de nous suivre. Soudain j’entendis un bruit sur ma droite et me retournai vivement. Rien… A nouveau, je sentis un mouvement, mais cette fois sur notre gauche. Malgré mes réflexes je ne pouvais même pas discerner quelle était cette chose. Je sentais mon cœur qui bondissait sauvagement dans ma poitrine, me hurlant de m’enfuir mais je fis la sourde oreille, certain que cela ne m’apporterait rien de bon. Soudain un terrible hurlement aigu, perçant et terrifiant nous glaça le sang. Je sortis mon sabre de son fourreau et me mis en position de combat. Du coin de l’œil je vis que mon nouvel ami m’avait imité, sa lanceflingue dans sa main en appui sur sa jambe droite. Je sentis alors un coup de vent passer à coté de moi puis plus rien. Elle était partie. Enfin. -Je crois que c’est bon… Souffla mon acolyte. -Ouais. Continuons. Je tentais de masquer ce sentiment de peur indicible qui avait irradié mon corps mais, je ne pouvais m’empêcher de frissonner à plusieurs reprises. Et le froid ambiant n’y était pour rien. Heureusement qu’il y avait Thunder pour me remonter le moral avec ses pitreries ! -Ahaha ! T’as vu comment ce monstre s’est enfui dès qu’il a vu qu’il était en présence du Tueur de Tempêtes ? S’exclama-t-il en prenant une pose fière. -Mouais, j’dirais plutôt qu’il a eut pitié de toi… -Quoi ?! Pff… T’es jaloux c’es tout ! -Moi jaloux ?! Rétorquai-je, sur un ton amusé. Et qu’aurai-je à envier chez toi ? -Le talent. Je ne pus réprimer un rire et Thunder me rejoint rapidement, ajoutant de la bonne humeur au milieu de ce marécage embrumé… Nous étions seul. Et alors ? Existe-t-il meilleure compagnie que celle d’un véritable ami ? Je souris en pensant à cette réflexion optimiste tout en me disant que c’était incroyable qu’une amitié aussi forte se soit tissée aussi vite ! Comme quoi, l’omniprésence du danger pouvait consolider les liens.
Le soir nous décidâmes de dormir sous un arbre aux branches très basses. En effet celles-ci touchaient presque le sol et nous dissimuleraient habilement aux yeux des prédateurs. Mais il leur restait l’ouïe et l’odorat. C’est fîmes brûler un feu tout autour de notre cache provisoire afin de dissuader les carnivores et troubler leur odorat surtout. Après avoir mangé des cuisses d’aptonoth entières (errer dans les marais ça creuse !), je m’allongeai contre le tronc et sombrai dans un profond sommeil dès que mes paupières s’abaissèrent. Lorsque je me réveillai, le soleil commençait tout juste à se lever prenant lentement la place de la lune dans les nuées. Toujours étendu contre l’arbre, je m’étirai quelque peu quand une goutte tomba sur mon front, perturbant mon échauffement matinal. Je l’essuyai vivement et regardai mes doigts. Ils étaient rouges… Rouge sang. Je levai alors les yeux, redoutant ce que j’allais voir. Je fermai les yeux et une image apparut dans mon esprit et je vis le corps sans vie de mon ami, une plaie béante sur le ventre. Un bruit sourd chassa cette image de mon esprit et je vis un bras écorché, la chair à vif, tomber au sol… -Non… Non… NON ? POURQUOI !? Hurlai-je alors, la peine et la douleur déformant ma voix. Je tombai à genoux et soufflai : -Mais qu’ai-je donc fait pour mériter ça… Je secouai la tête et mes larmes tombèrent au sol. Leur bruit sur la terre résonnèrent dans mon crâne comme des pas sur un sol de pierre. Je clignai des yeux et me retrouvai à nouveaux dans ce monde fou… Les même peintures absurdes et mouvantes… Pas de doute. Des pas retentirent et je vis le démon s’approcher lentement de moi. Un sourire étirait ses lèvres. Je me levai brusquement mais ma vision se troubla et je m’écroulai lamentablement au sol. Mes muscles étaient comme paralysées, je ne pouvais plus bouger. -Hm… N’oublie pas que je partage ton esprit. Ce monde, c’est moi qui l’ai créé ! Déclarant Lucifer en écartant les bras. -Que… Quoi ?! Je croyais que c’était mon esprit... -Mais ça l’est. J’ai tout simplement créé ce lieu à son image… -Espèce de… Ma voix s’éteignit soudainement, ma langue resta collé au palais. Je ne comprenais rien… Allai-je mourir ici ? Seul et abandonné… -Non, tu vas vivre. Mais n’oublie tout simplement pas qui est le maître. Sa voix diminuait à chaque mot, jusqu’à ce qu’elle devienne silencieuse, lorsqu’il prononça le mot « maître ». Je retournai brutalement dans le monde réel.
Je séchai mes larmes et m’aperçut que ce n’était pas un bras mais une patte de kelbi qui se trouvait devant moi… Cependant elle était tellement rongée et sanglante que je n’avais pas su le différencier d’un bras humain… Un rire résonna dans mon esprit. Je décidai de l’ignorer et fis descendre le cadavre d’herbivore de la branche qui me surplombait. Son état était tout simplement horrible. Et dire que c’était moi qui avais fait ça… J’eus un haut le cœur et me dépêchai de brûler la dépouille. Je ne voulais surtout pas que Thunder découvre mon terrible secret... S’il était encore envie. Je sortis de notre petite cabane et fus légèrement ébloui par la lumière du soleil qui était maintenant assez haut dans le ciel. Un fol espoir faisait battre mon cœur et je me mis à rechercher mon compagnon de chasse activement. Au bout d’une heure de recherche infructueuse, je sentis mon cœur se disperser en milliers de grains de sable fin… Je m’assis contre un tronc fracassé et enfouis ma tête dans mes mains. Je suis un monstre. Ai-je vraiment le droit de vivre ? Je me saisis de mon sabre et l’approchai de ma gorge, prêt à l’enfoncer brutalement. La pointe de l’acier froid me chatouillait… Allez ! Je peux le faire… Non, je dois le faire. Pour le bien des autres… Une minute plus tard, je jetai mon arme contre un arbre. Je n’avais même pas le courage de mettre fin à mes jours. Je suis… Horrible. Soudain, un cri d’effroi retentit et une masse jaune et bleue s’écrasa devant moi. Je me levais soudainement prêt à combattre. C’est alors que je reconnus l’armure de mon cher ami. -Thunder… Lâchai-je, les larmes aux yeux. Il était en vie. Il releva la tête et déclara, une grimace tordant son visage : -Ca fait mal ! Cette phrase créa un déclic chez moi et je me jetai sur le jeune homme en hurlant : -Enfoiré ! Tu sors d’où comme ça ! J’ai eut super peur… Je… Je croyais que tu étais mort… Ma voix se brisa et je sentis mes yeux devenir à nouveau humide. -Hein ?! Mais j’essayais juste de repérer quelque chose à manger mais je me suis endormi sur une branche… Je secouai la tête et soupirai : -T’es vraiment désespérant… Malgré le bonheur que j’éprouvais en voyant Thunder en vie, je sentais la présence du démon peser sur moi. Un fardeau que je dois porter seul et jusqu’à ma mort… Je ne pouvais lutter, il me fallait obéir, peut importe à quel point cela me répugnait.
-Cours ! Hurla Sylkael en fonçant à toute vitesse malgré la pénombre qui les entourait. -Ta gueule ! Ne me donne pas d’ordres ! Le premier des deux choisit de ne pas relever l’insulte et continuai à courir pour sa vie. Soudain un terrible grondement retentit et la terre s’éventra, laissant place à une paire de cornes gigantesques qui brillaient légèrement dans l’obscurité. -Putain, il est là ! Cria le plus grand des deux. A peine eut-t-il fini sa phrase qu’il du bondir vers l’avant pour éviter de se faire embrocher. Il jeta un œil par-dessus son épaule et aperçut le regard blanc du Roi des Abysses. Il détournai les yeux rapidement et fus obliger rouler sur sa gauche pour esquiver un bloc de pierre qui venait de se détacher du plafond. -Putain pourquoi il attaque que moi ! S’énerva Reyra. -Tiens bon, on arrive. Plus que quelques minutes… -Enfoiré ! Ne t’inquiètes pas pour moi ! J’veux pas de ta pitié ! Encore une fois, le plus âgé de deux hommes ignora l’autre et continua sa course folle. Soudain il s’arrêta et un éboulement leur bloqua le passage. Fait comme des rats, ils étaient pris au piège. Et le maître des lieux approchait.
Sujet: Re: Evil Chronicles Mar 15 Mar 2011 - 18:44
Chapitre VII : La Langue du Démon
Un corbeau croassa et s’envola vers le soleil, en battant de ses ailes violemment. Il disparut au dessus de la canopée qui recouvrait le marais au bout d’une dizaine de secondes. Je le regardai et l’enviai : il était si libre… Alors que moi… Je chassai ces pensées de mon esprit et reprit la marche, juste devant Thunder. Je me rendis alors compte du beau temps. Il faisait beau en plein cœur de ces marécages d’ordinaires embrumés ! Cependant, plus mon regard se portait loin, plus le feuillage des arbres s’épaississait, l’obscurité se rapprochait au fur et à mesure que nous avancions… Nous approchions de la Tourbière Acide. Le cœur du marais… Nous continuâmes à marcher pendant une petite heure, la lumière disparaissant toujours un peu plus. Sans que je m’en rende compte, mon ami était passé devant et avait pris un peu d’avance. -Dis tu trouve pas que ça sent mauvais ? Lança-t-il soudainement. -Hein ?! Non pourqu… Attends, ne me dis pas que tu… -Quoi ? De quoi tu par… Ah euh nan ! C’est pas moi qui ai… -Arrête de mentir, Thunder, je te connais ! -Quoi ?! Mais j’te jure, j’ai rien fait… -Bah alors c’est quoi cette odeur ?! Lâchai-je, toujours suspicieux. -J’dirais que ça vient de là, déclara-t-il en pointant son doigt un recoin sombre du marais. Je suivis son regard et aperçu une percée plus sombre au milieu des arbres, comme un chemin. Sauf que les rayons du soleil n’atteignaient pas cet endroit. Plus aucun doute maintenant, on y est… -Voici l’entrée de la Tourbière Acide ! -La quoi ?! S’exclama mon compagnon de chasse l’air ahuri. -C’est l’endroit le plus au centre du marais, c’est là bas que se trouve notre destination. Ah et fais gaffe à tes pieds, le sol n’est pas vraiment ce qu’il parait… -Tu veux dire quoi par là ? -Si tu ne fais pas attention où tu poses les pieds, tu risquerais de te faire engloutir par la tourbe qui tapisse cette région. Et ce n’est pas tout, car il ne s’agit pas d’une tourbière comme les autres… -Elle est acide ? Me coupa Thunder. -Oui. Les habitants du marais appellent parfois ce marécage géant « la Langue du Démon ». Car, telle une langue, la terre t’attrapera et t'engloutira dans ses entrailles, dans lesquelles tu sera lentement digéré, par l’acidité du sol. -C’est terrible. Mais aucune chance que ça nous arrive ! Sourit le jeune chasseur. On est bien trop fort et expérimenté pour tomber dans un piège aussi banal ! -J’espère… Ajoutai-je, pessimiste.
Le sol devint de plus en plus meuble, et bientôt nos pieds s’enfonçaient dans la boue collante de la tourbière. Je regardai autour de moi, aux aguets. Si un monstre venait à nous attaquer, nous aurions des chances de survie extrêmement faible… La lumière était très faible, et pourtant, on était en pleine journée… L’odeur nauséabonde avait maintenant envahi nos narines et, même si je m’étais habitué aux relents putrides, l’imbécile optimiste n’arrêtait pas de râler… -J’en ai marre… Je veux rentrer chez moi et sentir le parfum d’une femme… Je veux sentir l’odeur de la viande qui cuit… Je veux sentir les fleurs dans les champs… Je veux mourir pour ne plus avoir à respirer cette merde ! Pas si optimiste finalement. -Hahahahaha ! M’esclaffai-je avant de lâcher brutalement : Maintenant ta gueule. -Quoi ?! Mais tu sens rien ? -Non. Mentis-je. -Qu... Tu es inhumain ! Je ne pus réprimer et un rire soudain et m‘apprêtait à rétorquer quand un cri aigu retentit sur notre gauche. Je vis alors un Gendrome s’avancer à pas lents vers nous. Je dégainai mon sabre, et fus bientôt imité par Thunder. Me préparant au combat, je tentai de prendre mes appuis, mais le sol se dérobait sous mes pieds et je m’enfonçais dans la glaise molle. Je jetai un œil à mon ami et vit qu’il éprouvait les mêmes difficultés. Il était tout bonnement impossible de se battre ici… Le carnivore se mit alors à courir.
Je jurai en plaçant la pointe de mon court katana vers le monstre… Mais il ne l’atteint jamais. Sous mes yeux étonnés, la bête s’enfonçait dans le sol. Et vite. En quelques secondes seulement, ses pattes avaient disparus. Le pauvre reptile hurlait de terreur mais aussi de douleur… C’en était fini de lui. Au bout d’une vingtaine de secondes, la tête ornée de deux magnifiques crêtes s’évanouit dans les entrailles du marécage. -Putain… Souffla Thunder abasourdi. Puis son éternel sourire revint sur ses lèvres et il laissa exprimer sa joie en hurlant et sautant sur place. -Calme toi, ce n’est pas le moment de danser… Là, on est vraiment dans la Tourbière Acide. Regarde bien là où était le Gendrome. -Le jeune homme scruta la terre molle mais ne vit rien. Strictement rien qui puisse l’avertir du danger mortel que représentait la Langue du Démon… Une goutte de sueur perla sur sa nuque. -On va faire comment ? Demanda-il en tenant de masquer sa peur. -Au début je pensais utiliser les arbres mais ils sont couverts de mousse, de boue et les premières branches se trouvent à plus de quatre mètres de haut. On ne peut pas non plus retourner en arrière et contourner ce marécage car il est impossible de se repérer ici, regarde autour de toi. Tout se ressemble. -On est vraiment dans la merde, pour résumer. -Oui, c’est le cas de le dire souris-je d’un air las. On va devoir avancer pas à pas et tester le sol devant nous. Marches bien dans mes empreintes si tu veux rester en vie… -Compris. Par contre, il nous faudrait quelque chose pour vérifier si le sol est suffisamment solide… Attends voir. Sur ce, il se pencha vers un arbre, et trancha une racine qui dépassait de la tourbe. Il tenta de la briser en deux mais elle résista. -Parfait ! Allons-y ! S’exclama-t-il en prenant la tête de notre petit groupe.
Il faisait toujours aussi sombre, et cela faisait plus de deux heures que nous marchions à pas lents dans la tourbière. Nous étions extrêmement ralenti par le danger omniprésent… Cela risquait de nous prendre des jours pour traverser ce marais. Je devinai que la nuit commençait à tomber et frissonnai. Soudain un cri strident écorcha mes oreilles et une nuée de chauve-souris s’échappèrent à tire d’aile, dans notre direction. Un cri suraigu et surpuissant résonna alors dans le marécage en guise de réponse, puis un craquement sec et bruyant retentit devant nous. -Fais gaffe ! Hurlai-je en tirant mon ami en arrière. Un arbre s’écrasa là où il se tenait quelques instants auparavant dans un bruit mat. Il commença à s’enfoncer dans la boue mais beaucoup plus lentement que le reptile de tout à l’heure. C’était notre chance ! Je bondis sur le tronc et tendis la main à Thunder, pour l’aider à monter. Je constatai avec horreur, qu’il était enfoncé dans la tourbe jusqu’aux genoux. Et il descendait vite… -Noooooon ! Hurlai-je en attrapant la main du jeune homme et tentant de l’extirper de la vase affamée. En vain… J’entendais mon ami qui criai et m’encourageai tout en se débattant de toutes ses forces. Dans un élan de mémoire, je me rappelai soudainement, ce que disait un expert en survie qui avait séjourné dans mon village pendant quelques jours. J’ordonnai alors : -Ne bouge plus ! Plus tu te débats, plus vite tu t’enfonces… -Mais… -Non ! Tu te calmes et tu restes immobile ! -Je… D’accord. Il stoppa la frénésie qui agitait ses membres et remarqua rapidement qu’il s’enfonçait beaucoup moins vite. Cependant la boue avait déjà atteint sa taille… Que faire ? Je me mis à réfléchir à toute vitesse mais ne trouvai rien. Je jetai un coup d’oeil autour de moi et vis que le tronc sur lequel j’étais ne s’enfonçait qu’à l’une des extrémités, celle où je me trouvais. L’autre était donc en train de monter inexorablement… Mais le temps que je ne remarque cela, mon ami avait de la vase au niveau de sa poitrine… J’eus alors une sorte d’illumination… Je saisis la corde qui était enroulé autour de ma taille et eut un pincement au cœur. C’était un cadeau de Nemeal. Je me remémorai la fois où il me l’avait offerte avant de dire qu’on avait toujours besoin d’une corde dans les marais. Je comprenais maintenant pourquoi… Je grimaçai à l’évocation de ce souvenir : c’était bien moi qui avait mis fin à notre amitié et de la manière la plus horrible et brutale qui soit. -Attrapes ça et accroches toi. Comme si ta vie en dépendait… Déclarai-je en lui jetant un bout de la corde. -C’est le cas. Répondit Thunder en riant, tout en s’agrippant de toutes ses forces, faisant appel à tous les muscles de la partie émergé de ton corps. Je mis alors à courir vers l’autre bout de l’arbre, qui était à mi chemin entre position verticale et position horizontale ! Je ne pus cependant m’empêcher de demander au chasseur en hurlant : -Mais pourquoi tu rigoles, abruti ?! -Parce que je te fais confiance… Répondit-il. Je faillis m’arrêter tant cette petite phrase m’avait touché. Pendant un court instant, la brume qui régnait sur ce lieu désolé qu’est mon coeur s’était dissipée… Mais elle reprit de plus belle et j’accélérai mes pas. J’atteins enfin l’autre bout de l’arbre et me retournai un bref instant pour voir si mon ami pouvait encore respirer. C’est ainsi que je pus voir la boue recouvrir son visage… Je regardai vers le haut et vit que les branches étaient maintenant à ma portée : cette extrémité de l’arbre s’était soulevé de plus de trois mètres ! Je jetai la corde par-dessus l’une d’elle et bondit dans le vide, me raccrochant au câble (fait de poil d’Anteka) de justesse. Gravité oblige, mon poids fut presque doublé je fonçai vers le sol, malgré la corde que je tenais fermement entre mes doigts. Je soupirai de soulagement quand mes pieds atterrirent sur la terre ferme, et non de la tourbe. Un bruit de succion se fit entendre derrière moi lorsque le corps de Thunder fut projeté hors de la boue tueuse… Le corps du jeune atterrit avec violence sur le tronc, maintenant presque à la verticale. Un bruit sourd retentit lorsque son armure s’écrasa contre l’arbre déraciné et la corde faillit m’échapper des mains… Je compris avec terreur et horreur que mon ami était inconscient et que j’allais devoir le remonter seul, à la force des bras. Un autre bruit se fit entendre, moins fort pourtant. Thunder ! -Héhéhé, tu pensais tout de même pas que t’allais te débarrasser de moi aussi facilement ?! -Thunder… Lâchai-je les larmes aux yeux en le voyant lentement émerger du haut du tronc, qui avait été englouti de moitié par la tourbe acide. Je le vis sourire, la moitié du corps de mon coté, avant de s’affaisser et tomber en avant. Je le rattrapa et faillit tomber à la renverse lorsque lui et son armure atterrirent dans mes bras. Je testai alors rapidement la solidité du sol devant moi et le déposai doucement dans la terre molle. Son sourire était toujours figé sur ses lèvres, il paraissait apaisé… Tranquille malgré les brûlures qui couvraient son visage ainsi que chaque parcelle de son corps qui n’était pas protégée par son armure. Après avoir vérifié sa respiration et ses battements de cœur, je découpai un peu de tourbe avec mon sabre et l’enflamma. Je la plaçai sur un petit édifice en forme de pyramide, haut d’un demi mètre, que j’avais construit avec des racines (couvertes de boue ce qui les rendait non inflammable). Nous avions donc une torche, qui ne risquait pas d’enflammer la tourbière, très sensibles aux flammes… Je fermai les yeux et parvint à trouver le sommeil, appuyé contre un arbre, sur notre petite parcelle de sol ferme et sur. Comme un îlot inespéré au coeur d’une mer déchaînée…
Je me réveillai plusieurs heures plus tard mais je ne saurai dire combien, il était impossible de distinguer la nuit du jour dans la Tourbière Acide. La torche n’était plus que cendres froides, ce qui signifiait que nous avions dormi plutôt longtemps. Dix heures ? Un jour ? Peut être plus ? Aucune idée… Je maudis ce marécage et attendit patiemment que mon compagnon de chasse reprenne connaissance. Ce qui arriva environ une heure plus tard. Dès qu’il ouvrit les yeux, il déclara : -J’ai été attrapé par la Langue du Démon, puis engouffré dans son estomac… Mais je l’ai tranché de l’intérieur ! Je lui ai déchiré les entrailles ! Et je me suis extirpé hors de son corps putride, avant même qu’il ne commence à me digérer ! Je souris et il reprit. -Merci Jester.
Sujet: Re: Evil Chronicles Sam 16 Avr 2011 - 13:32
Chapitre VIII : Silence troublé
Un insecte se posa sur mon visage, me réveillant en sursaut. Je l’écrasais violemment de la paume de ma main droite… Sur mon visage. -Putain ! Je suis trop con ! Hurlai-je en sentant le sang du petit animal se répandre sur ma joue rougie par la baffe que je venais de m’auto administrer. J’essuyais mon visage avec mon autre main et jeta le cadavre écrabouillé dans la boue avec un dégoût non dissimulé. Je me levai alors et regardai tout autour de moi, avec l’espoir d’apercevoir une sorte de porte de sortie à ce cauchemar boueux. Je soupirai en me heurtant à la dure réalité… Mon ami se releva à son tour, sa lanceflingue tenue avec fermeté dans sa main gauche. Son regard brillait d’un éclat particulier, mais je ne saurais dire ce que c’était. De l’optimisme ? Une volonté de fer ? Avant que je ne puisse parler il s’énerva : -Pourquoi tu cries comme ça ?! Ta gâché mon sommeil ! -Et alors, faut bien se réveiller un moment, non ? -Non ! -Si ! -Non ! -Ok j’abandonne, ça sert à rien de raisonner un macaque comme toi… Même un singe comprendrait qu’il a tort ! -T’as dit quoi là ?! Me menaça mon ami du poing, en essayant de dissimuler son sourire derrière sa main fermée. Je lui assénai une claque derrière la tête en riant et il feint de s’écrouler par terre avant d’éclater de rire bruyamment. J’étais heureux, d’avoir enfin un ami sur qui je pouvais compter, un mai qui me comprenait, un véritable ami. J’essayais de chasser l’incident Nemeal de mon esprit mais je savais bien que cela me poursuivrait toute ma vie. Je continuai à sourire, pour cacher ces funestes pensées… Le cadavre méconnaissable de mon mentor s’imposait à moi dès que je fermais les yeux, comme pour me rappeler l’horrible crime que j’avais commis. Mérita-je vraiment de vivre ? Je contemplai la tourbe acide, comme si j’allai y plonger pour libérer le monde d’un monstre. Moi, en l’occurrence… Thunder décela mon mal être et me demanda ce qui n’allait pas d’un air très sérieux, ce qui était plutôt inhabituel chez lui. Je souris et lui assurai que ce n’étais rien puis changeai de sujet brusquement : -Bon allez, finis de rire, faut qu’on sorte d’ici ! -Ouais mais comment ? T’as une idée ? -Hm… Peut-être. Je fermai les yeux un court instant et me rappelai du rêve étrange que j’avais fait pendant la nuit.
Ce monde fou… Encore une fois j’y étais piégé, parmi ces tableaux incompréhensibles et ces vapeurs couleur de sang et de ténèbres. Ces coulées venimeuses qui détruisaient le monde peu à peu, tout en le rendant plus malsain encore. C’était à n’y rien comprendre… Et puis il y avait cet homme. Lucifer. Et son horrible cicatrice qui déchirait sa gorge en deux, comme un sourire sadique d’un bourreau. Il ouvrit la bouche et sa voix mélodieuse et envoûtante résonna dans tout mon être, comme si ses mots, tombaient jusqu’au plus profond de mon âme. Comme si j’étais pénétré par ses paroles… -Ne t’arrête pas en si bon chemin… Ta folie pourrait reprendre le dessus. Je lui jetai un regard plein de haine et continuai de le fixer avec confiance. Ses yeux étaient rivés sur mon cou, comme s’il voulait le mordre pour s’abreuver de mon sang venimeux… Je pus voir son regard remonter doucement vers mon visage, jusqu’à croiser le mien. Dès que le contact s’établit, toute ma confiance vola en éclat et je tombai à genoux. Faible et impuissant. Il se mit alors à rire avant de continuer : -Je vais t’aider. Car tu es bien trop faible pour mener la tâche que je t’ai confiée seul. Le précédent était bien plus fort. Mais un peu ennuyeux peut-être… Bah tant pis. Le passé est le passé. -De… De quoi tu parles ? Demandai-je, la sueur perlant sur mon front. Son rire charmeur résonna à nouveau et il ajouta : -Maintenant, ouvres les yeux… Suis ma voix… -Hein ? Je com… Compr... Pren… prend r… rien… Je perdis connaissance et retournai dans le monde des cauchemars, pour revoir le visage sanglant de mon cher Nemeal.
-Alors ? C’est quoi ton idée ? Me demanda le jeune chasseur, avec une pointe d’impatience. J’intimai à Thunder de garder le silence d’un mouvement de la main et écoutai le silence de la Tourbière Acide. Une ombre glissa derrière un tronc et des murmures parvirent à mes oreilles. Des chuchotements si agréables à entendre, qu’ils pourraient envoûter n’importe qui, même le plus froid des hommes… C’était Sa voix. -Par là. Déclarai-je en indiquant la direction d’où provenant les murmures. -Comment tu sais ? demanda le Tueur de Tempêtes d’un air étonné. Je regardai vers les ténèbres du marécage, fuyant son regard troublant. Je ne voulais pas qu’il sache que je mente. Je ne voulais pas qu’il découvre le monstre qui était tapi dans les tréfonds de mon âme… -Une intuition. Comme celle qui m’attire au cœur de ce marais. A mon grand étonnement, mon compagnon de chasse ne posa pas de question et ne fit aucuns commentaires. Il se mit seulement en marche, vers la Voix, que j’étais le seul à pouvoir entendre. Il avançait à petits pas, prudent et vigilant. Nous le savions maintenant, chaque faux pas pouvait s’avérer mortel… De plus les lianes qui commençaient à pendre des branches ici et là, n’arrangeaient rien, rendant ce lieu plus terrifiant encore… De plus, trop fines, elles ne permettaient pas d’escalader les troncs, nous étions donc condamnés à errer au sol dans la Tourbière Acide. Enfin, si on pouvait appeler cela un « sol ». Nous marchions ainsi, lentement mais sûrement, en silence. Seule la Voix, qui chuchotait à travers les arbres couverts de boue, était audible dans cette région du marais. Son murmure doucereux et enchanteur, nous guidait à travers la Langue du Démon.
C’est alors qu’un bruit troubla ce paisible silence, comme un sifflement. Je m’arrêtai net, rapidement imité par Thunder. Je commençais à trembler légèrement, la peur grandissant en moi… Un second sifflement jaillit d’entre les troncs décharnés, je me retournais avec vélocité mais… Rien. Ou plutôt si : une liane se balançait doucement, comme si une petite brise soufflait. Sauf qu’il n’y pas avait pas de vent, pas le moindre souffle. Mes mains devirent moites, et ma respiration saccadée. Thunder était livide et immobile. Cette fois trois bruissements successifs résonnèrent autour de nous. A trois endroits différents. J’avalais ma salive avec difficulté en imaginant quelles horreurs pouvaient vivre dans ce lieu de mort et de désolation, sinon la Mort elle-même… Je jetais des regards désespérés autour de moi, cherchant vainement à comprendre ce qui faisait ce bruit quand ma vue se brouilla soudainement. Je me mis à paniquer, agitant mes bras dans l’air, comme si on m’étranglait. Les yeux roulant dans mes orbites j’étais terrifié. Etais-je en train de mourir ? Ce fut encore une fois mon ami qui me sauva en m’aidant à enlever mon casque. Je reprit mon calme au bout de quelques instants et m’aperçut une substance gluante et translucide avait coulé dessus. -De la bave… Souffla mon acolyte. Je ne répondis pas et fixa attentivement les branchages et les lianes qui créaient un véritable plafond au dessus de nos têtes. Je crus percevoir un mouvement mais il était tellement rapide, que je conclus à une illusion créée par la peur. C’est alors qu’un coup de vent ébouriffa mes cheveux, me faisant presque tomber à la renverse. Je reculai d’un pas pour ne pas m’écrouler mais mis le pied dans de la tourbe et le retira vivement, en me sentant m’enfoncer dans les entrailles de la terre. -Ca va ? Me demanda Thunder. -Euh oui, c’est juste qu’un coup de v… Je m’arrêtai subitement, comprenant soudainement la cause de ces sifflements et bruissements très rapides. -Un coup de quoi ? Un coup de vent ? -Non. Il n’y a pas de vent ici… Enfin, pas dans le même sens que tu l’entends. -Hein ?! De quoi tu parles, me demanda le jeune chasseur, avec un air qui exprimait une totalement incompréhension. -Ce sont les Vents Silencieux… -C’est quoi c’te truc ? -Ce sont de petites créatures ayant des liens avec les Nargacugas, elles ne vivent que dans ce marais, et c’est très rare d’en voir. -Ah bon ? Pourquoi ? -Tout d’abord parce que on ne sais pas vraiment où ils vivent précisément… Seule une personne a parlé de leur existence, les autres ayant tous disparus. Ce survivant a, selon ses dires, vu tous ses amis se faire tuer sauvagement par de petits monstres couverts de poils, aux yeux blancs comme la neige. Cet homme est d’ailleurs la seule personne à avoir jamais traversé la Tourbière Acide et en être ressorti en vie… -Et c’est quoi le petit nom de ces gentilles bébêtes ? Demanda, mon compagnon de chasse d’un ton assuré. -Les Arinagiruda. -Ce soir, c’est Arina-machin au menu ! Il dégaina sa lanceflingue et se tint fermement sur une parcelle de terrain solide, prêt à en découdre avec ces horribles créatures. Je soupirai, équipa mon gant de combat et dégaina ma Lame des Cieux. -Dos à dos, mon ami, c’est le seul moyen de voir d’où vienne ces horreurs. Lançai-je sur un ton faussement enjoué. En réalité j’étais terrifié, mais je ne tenais pas à le montrer à Thunder qui était si confiant. Je ne voulais surtout pas détruire sa détermination avec des paroles défaitistes… Ce dernier tira une munition qui s’écrasa contre un tronc non loin de nous. Un petit cratère fumant s’y forma mais l’arbre ne broncha. Plus solide qu’il n’en avait l’air… Cette explosion fut comme un signal de départ pour les Arinagiruda. Ils plongèrent tous les trois vers nous. -Je suis le Tueur de Tempêtes ! Ce n’est pas quelques coup de vents qui vont avoir raison de moi ! Hurla mon ami en s’esclaffant bruyamment. Les trois Vents Silencieux poussèrent leurs hurlements suraigus et perçants et redoublèrent de vitesse.
Deux créatures plongèrent droit sur nous tandis que la troisième nous contourna et se posa à la verticale, sur un tronc, comme pour nous observer. Je me baissai et assénai un terrible uppercut au petit monstre qui m’avait pris pour cible, qui fut projeté en l’air avec violence. Il déploya alors ses ailes et virevolta rapidement jusqu’aux cimes. Celui-là ne reviendra pas de sitôt ! Thunder repoussa également son adversaire d’un coup horizontal qui ne fit qu’effleurer le rapide prédateur avant de tirer une munition qui cette fois-ci lui brûla le dos. Un couinement blessé s’échappa de la gorge de l’Arinagiruda qui s’enfuit à travers les lianes. Je reportai alors mon attention sur celui qui nous étudiait, une effrayante lueur d’intelligence dans le regard. Ce regard blanc, vitreux comme aveugle… Cependant on pouvait discerner de minuscules pupilles rouge sang au cœur de ces yeux vides, qui contrastaient avec le pelage fourni qui couvrait le dos de l’Arinagiruda. En effet, la créature disposait d’un épais manteau de fourrure de couleur verdâtre, mais strié de noir, qui recouvrait son cou musclé, son dos mais aussi ses pattes arrière et sa queue… Qui se terminait d’ailleurs par une multitude de petites aiguilles. D’un point de vue morphologique, on aurait dit un Nargacuga… De la taille d’un Kelbi, tout au plus. Cependant, on notait quelques différences, comme les longs crocs qui saillaient de la gueule du petit monstre, ainsi que la quantité incroyable de bave que son corps produisait ! Mais le plus surprenant était sans doutes les griffes… Chaque griffe était énorme, faisant presque la taille de la tête de la créature et était recourbée de manière à bien accrocher. Que ce soit un tronc d’arbre ou un membre humain… Je frissonnai à cette pensée et jetai un bref coup d’œil autour de moi. Pas un bruit ne brisait le silence, pas un mouvement ne trahissait la présence d’autres Arinagirudas. Soudain, celui qui nous observait ouvrit la gueule en grand et poussa un hurlement strident, non sans déposer une quantité de bave incroyable sur le tronc. Le Vent Silencieux déploya alors ses ailes et s’envola en spirale vers les hautes cimes. -C’est déjà fini ? S’exclama Thunder déçu. -Je crois bien que cela ne fait que commencer soupirai-je… Mon ami ouvrit la bouche comme pour répondre mais se ravisa en comprenant la gravité de la situation. Je suivis son regard et me mis à fixer le plafond végétal qui formait comme une voûte au dessus de nos têtes. Des dizaines de petites lueurs rouges étaient dardées sur nous. -Et voilà toute la meute, lâchai-je sur un ton neutre. Je tachai de maîtriser mes émotions au mieux pour ne pas attirer la pitié de mon camarade. Je devais lui cacher ma peur… Je revêtis un masque de détermination et me tins solidement sur mes appuis. -Amusons nous un peu ! Hurla le jeune chasseur sur un ton enjoué.
Comme s’ils attendaient cette phrase, les Arinagirudas se laissèrent tomber droit sur nous, ailes repliés pour augmenter leur vitesse. Une pluie de bave s’écoulait de leurs gueules béantes, mais plus rien ne pouvait nous déconcentrer maintenant. Je tranchai l’air verticalement de haut en bas et parvins à érafler le dos du plus rapide mais dus rapidement fendre l’air sur ma droite pour stopper la charge du second. D’un coup de poing bien placé j’en assommai un troisième avant de me baisser pour éviter une coup de griffe qui m’aurait simplement tranché la gorge. Débordé par le nombre, je ne pus rien faire face aux deux prochains qui arrachèrent des parties de mon armure d’un simple coup de griffe… Mon torse était maintenant exposé aux attaques ennemies. Je parai une paire de pattes griffus du plats de ma lame au dernier moment puis repoussa la petite créature affamée en appuyant sur la lame de tout mon poids. Mon acolyte était quant à lui vraiment gêné par le poids de son arme qui ne lui permettait pas, à son grand dam, la mobilité qu’il nécessitait… Son armure ventrale était maintenant en pièce, malgré la résistance des composants Tigrex, et son abdomen recouvert de cicatrices sanglantes. Il l n’abandonnait pas et continuait de hurler pour se donner du courage, tout en déchargeant son chargeur sur les Vents Silencieux. Peu à peu, les premiers cadavres commencèrent à tomber, deux pour Thunder, seulement un pour moi. -Hahaha tu vas perdre, Jester ! S’esclaffa le Tueur de Tempêtes. -Jamais ! Souris-je en retour Je bondis vers l’avant et empala un Arinagiruda déjà blessé par mes violents directs du droit avant de me rendre compte de mon erreur. Ou plutôt de ma double erreur… Emporté par le combat j’avais ainsi quitté mon poste et laissé le dos de Thunder à découvert. Les voraces créatures s’engouffrèrent dans l’ouverture que j’avais créé et lui lacérèrent le dos à travers l’armure. Un cri de douleur presque inhumain effraya les plus peureux mais les plus téméraires continuèrent leur œuvre de mort… Pendant ce temps je me débattais pitoyablement contre la Langue du Démon qui me tirait par la cheville… J’avais plongé droit dans de la tourbe acide comme un imbécile. Et je ne pouvais rien faire, à cause des Vents Silencieux qui tournaient autour de ma tête, abîmant un peu plus mon casque à chaque coup. J’en vis un autre approcher mais lui trancha une aile proprement avant de le regarder s’écraser contre un arbre. Un craquement retentit quand sa nuque se brisa contre le solide tronc. Mais oui l’arbre ! J’avais bien vu qu’il était solide quand Thunder avait tiré dessus ! Mais avant que je ne puisse tenter quoique ce soit pour me tirer de ce mauvais pas, une griffe crochue m’arracha mon casque et je perdis connaissance, à moitié immergé dans la tourbe, une meute d’Arinagiruda virevoltant autour. Et c’est ainsi que le monstre tapi en moi se réveilla.
Je me vis alors, comme un fantôme dans un corps qui ne serait pas le sien. Je n’étais pas maître de mes mouvements, ma folie avait repris le dessus… Je me vis enfoncer mon sabre dans le tronc solide puis me hisser à la force des bras, ma puissance physique décuplé par la peur de mourir et surtout ma démence incontrôlable. Mon corps plongea vers Thunder, toujours debout mais couvert de sang… Son sang. La salive des petits monstres se mêlait au liquide écarlate qui jaillissait par intermittence des blessures du jeune homme, le rendant pâteux, gluant. Mon ami ressemblait alors à une créature ramenée d’entre les morts… Et pourtant, il s’apprêtait à rejoindre leur monde de ténèbres ! Je vis ma lame fendre l’air en sifflant, tranchant un important groupe d’Arinagiruda qui s’acharnait contre le pauvre chasseur puis assista au violent uppercut qui projeta Thunder au sol. Je perdis totalement connaissance, mon corps se mouvait à sa guise, motivé par une folie sanguinaire.
Je ne ressentais rien. Je ne voyais rien. J’entendais seulement un rire macabre résonner tout autour de moi. J’essayai de me débattre mais eus l’étrange impression de ne pas avoir de corps… Je tentai de hurler ma colère mais aucun son ne sortit, seul le rire funeste était audible. Une torture. J’essayai de me calmer et de reprendre une respiration lente… Puis constatai avec horreur que je ne respirais plus. Je n’étais plus rien. C’est alors que je reconnus ce rire étrange. Je souris, enfin je m’imaginai souriant et pensai à l’image de ce cher Lucifer. Le rire s’arrêta brutalement et je compris que j’étais pris dans une sorte de maléfice, lancé par le démon… -Eh non ! Je n’y suis pour rien. Enfin pas directement… Susurra-t-il en réponse. J’essayais d’ouvrir la bouche puis me rappelai que je n’étais rien ici. Dans ce monde vide, au cœur de ce Néant. J’exprimai intérieurement l’hypothèse que c’était ici que dormait le monstre de la démence lorsque j’avais le contrôle. -Oh… Il semblerait que tu sois plus intéressant que je ne le pensais… Mais comment vas-tu faire pour quitter cette cage ? Lucifer se remit à rire doucement, me berçant doucement. Je ne me laissai pas distraire et réfléchis à toute vitesse. Apparemment c’était bien la seule chose que j’étais autorisé à faire : penser. J’imaginais la haine farouche que devais nourrir l’horreur d’ordinaire repliée ici à mon égard et l’imitai inconsciemment. Je paniquai, en constatant que les secondes défilaient, imperturbables… A ce rythme là, il aura bientôt tué Thunder. Mais le temps avait-il réellement son cours ici ? Dans l’incompréhension la plus totale, une rage inhumaine se mis à grandir en moi. Je la diffusais et eut l’étrange sentiment de me heurter à quelques barreaux invisibles. Je forçai, laissant finalement exploser ma colère. Le cadenas céda dans un bruit assourdissant et je rouvris les yeux au coeur de la Tourbière Acide.
-La colère serait-elle la clé ? Soufflai-je en reprenant mes esprits. C’est alors qu’une griffe tranchante traça une ligne rouge sur mon cou, me faisant revenir brutalement dans la réalité. Je regardai vivement autour de moi et constatai que j’étais couché face contre terre. Je me relevai d’un bond et aperçus mon compagnon de chasse, debout, les jambes tremblantes, mais debout. Sa lanceflingue pendant dans sa main droite et le corps couverts de plaies sanglantes. Son teint était blême, il avait du perdre beaucoup de sang… Il avait le regard hagard, mais un sourire triomphant. Je remarquai alors les troncs carbonisés tout autour de moi, les éclats d’obus sur le sol, la tourbe incendiée et qui brûlait toujours d’ailleurs. Mais surtout les cadavres. Des dizaines de cadavres d’Arinagirudas gisaient au sol, certains éventrés, d’autres décapités, éviscérés, brûlés ou même démembrés. Les flammes qui dévoraient le marais ici et là créaient un cadre infernal. Et Thunder, le Tueur de Tempêtes se tenait au centre. Vainqueur. Soudain, je vis deux petites lueurs rouges dans son dos et plongeai vers l’avant, malgré le risque d’atterrir dans de la tourbe acide. J’attrapai les mâchoires du dernier Arinagiruda au vol et m’écrasa contre un arbre. Je ne lâchai pas prise et lui brisai la machoire d’un effort surhumain. Un bruit sourd retentit, mais il provenait de mon ami qui s’était effondré, épuisé. Ou mort ? Je tranchai rapidement la tête de ma victime qui persistait à vivre malgré ses mâchoires déboîtées puis me précipita vers Thunder. Je plongeai la main dans ma bourse et en ressortis une poignée d’herbe que j’étalai sur toutes les blessures de mon compagnon de chasse. Leur effet cicatrisant devrait l’aider à guérir vite… Du moins je l’espérais. Je m’appliquai ensuite à bander toutes ces plaies, pour maintenir les herbes en place principalement, mais aussi pour éviter que les blessures s’infectent. Enfin je versa dans la gorge de mon acolyte un liquide verdâtre, provenant d’un flacon sur lequel était inscrit « Mega-Potion ». Les heures passaient mais il ne se réveillait toujours pas… Je devinai donc qu’il avait perdu trop de sang. Etait-ce réellement la fin de son voyage ? Les larmes montèrent toutes seules et commencèrent à couler sur mes joues puis sur ma main qui couvrait ma bouche sanglotante avant de s’écraser sur le torse de mon seul ami. Le bruit régulier me berça doucement et je commençai à m’endormir, épuisé et résigné… Soudain une pensée fugitive me traversa l’esprit. Une idée folle. Mais ce genre de folies n’étaient-elles pas justement les derniers espoirs ? Je saisis mon sabre, serrai les dents et m’entailla légèrement le poignet. Le sang jaillit à flot et je plaçais aussitôt le flacon que j’avais vidé dans la bouche de Thunder un peu plus tôt, jusqu’à ce qu’il soit à nouveau rempli, mais de mon sang. Je refermai alors ma plaie du mieux que je pouvais, grâce aux herbes, aux bandages mais aussi un étrange liquide blanchâtre qui me permis de « recoller » la peau. J’attrapai alors une liane qui pendait et m’assurai qu’elle était suffisamment souple. Je constatai ensuite avec bonheur qu’elle était creuse et plutôt fine ! -Parfait ! Déclarai-je à haute voix pour m’encourager. Je perçais la veine de mon ami et vit que peu de sang s’en échappa… J’enfonça lentement la liane dans la veine puis versa un peu de mon sang. J’attendis quelques minutes, puis répétai l’opération.
La transfusion dura plusieurs heures, durant lesquels je me tins assis aux cotés de Thunder, à verser lentement mon sang dans son corps. Cela me rappela mon enfance, lorsque mes parents, je sentis mon cœur se gonfler à l’évocation de leur souvenir, m’avais obligé à devenir l’assistant du médecin du village… J’avais appris là-bas plusieurs techniques médicinales auxquelles je n’accordais que très peu d’importance à l’époque, mais qui se révélaient primordiales aujourd’hui ! Je me souvins des paroles de ce bon vieux Docteur Hiluluk qui m’avais clairement… Interdis de pratiquer la transfusion de sang. Selon lui, il existait plusieurs types de sang différents et si on les mélangeait dans le corps d’une personne… Celle-ci mourrait. Je regardais fixement le visage de mon ami, un peu moins pâle, avec anxiété en priant pour que nos sangs soient les mêmes. Je me surpris alors à me demander ce que devenait mon ancien maître, malgré le fait que je m‘étais promis d’oublier tout de ce village. Je secouai la tête et chassa ces douloureux souvenirs. Je me levai brusquement mais vacillai et préférai me rasseoir. Ah oui. J’avais donné mon sang, j’étais donc un peu faible moi-même. Mes paupières tombèrent alors soudainement… Je ne luttai pas et m’allongeai aux cotés de Thunder avant de plonger au cœur d’un sommeil sans rêves.
Lorsque je me réveillai, l’incendie s’était éteint de lui-même, la tourbe ayant été consommée, laissant maintenant place à des mares de boues tout aussi acides comme en témoignait l’état du cadavre d’Arinagiruda que j’avais plongé dedans. Au moins nous savions où mettre les pieds… Je jetai alors un œil à mon ami qui paraissait aller mieux. Il avait repris des couleurs ! Mon cœur fit un bond dans ma poitrine : il allait vivre ! Mais il fallait partir, maintenant, ou l’odeur des cadavres allait attirer d’autres prédateurs. Je m’étonnais d’ailleurs du fait qu’aucun monstre ne nous ait dérangé jusqu’à maintenant. Je me mis debout et passai un bras autour des épaules de Thunder pour le porter. Ses pieds traînaient par terre, mais bon, ce n’était pas bien grave, au moins, cela ne risquait pas de le tuer. Nous marchâmes de cette façon pendant encore plus de trois heures, à pas lents pour ne pas tomber dans un des nombreux pièges mortels de la Langue du Démon. Quelques cris stridents me firent sursauter mais rien ne vint. Heureusement, car nous aurions été dans l’incapacité de nous défendre. Pas à pas nous nous rapprochions de la sortie. Je ne le savais pas encore, mais nous étions bientôt arrivé à la Cathédrale des Pleurs. Au bout d’une autre heure de marche je pris conscience que la luminosité augmentait. Je faillis bondir de joie mais me rappela que je portais toujours Thunder sur mon dos. Je jubilai donc intérieurement et hâtai le pas vers la fin de ce cauchemar boueux et cette nuit éternelle. Une demi-heure plus tard, nous avions quitté la Tourbière Acide. Je posai délicatement mon acolyte à terre et me laissa tomber sur les genoux. Je fixai pendant de longues minutes le ciel, certes couverts de nuages mais… C’était le ciel, bordel ! Cela faisait des jours, voir des semaines que nous progressions dans le noir, mais là, nous retrouvions enfin la clarté du jour ! J’avais envie de pleurer de joie… Mais comme pour me devancer, le ciel déversa toute sa tristesse sur nous. Une pluie fine s’échappa des nuages gris et rajouta de l’eau dans les mares et flaques qui étaient éparpillés ici et là. Je remarquai alors que nous étions dans une petite clairière, avec au centre une sorte de grande table de pierre avec d’énigmatiques symboles gravés dessus. Des colonnes étaient également dispersés autour, selon un schéma bien précis, ce qui faisait qu’un cercle de colonnes entourait la table. Malgré la curiosité qui me dévorait je ramassai cette loque de Thunder et traversa la clairière d’un pas rapide. Il fallait avouer que ce lieu me mettait quelque peu mal à l’aise… Nous retrouvâmes donc le couvert des arbres, mais par pour longtemps. Toujours guidé par cette voix qui venait de mon cœur, nous tombâmes sur une seconde clairière, plus grande. Un monument trônait en son centre. C’était un très grand bâtiment ancien, construit il y a des centaines d’années pour la gloire d’un dieu oublié maintenant. Des arches complexes sortaient des murs, comme pour soutenir ce toit. Un toit percé empêchait la pluie de rentrer par endroits, et était fait avec des tuiles bleuâtres, d’où s’échappaient de hautes tours pointues aux décorations compliquées. Des statues effrayantes représentant des monstres en tout genre parsemaient également ce toit. Une énorme vitre colorée était majestueusement installé au dessus de lourds battants de bois. Malheureusement le vitrail avait été brisé, et seulement la moitié subsistait. Les murs étaient à demis écroulé par endroit, seulement endommagés à d’autres. Nul doute que ce monument était jadis une œuvre d’art géante. Mais maintenant ce n’était plus qu’une ruine… -Hm… Ca n’enlève rien à son charme, déclarai-je en souriant. Je regardais autours et remarquai une multitude de tombes disséminés ici et là, comme si on n’avait pas pris le temps d’organiser un cimetière, comme si les cadavres était jetés dans des trous creusés au hasard. Je frissonnai puis pris conscience que la pluie était devenue plus forte. Comme si le ciel pleurait. -Bienvenue à la cathédrale des Pleurs. Déclara une voix qui venait de l’intérieur. Je constatai alors que les battants étaient entrouverts. Les massives portes s’ouvrirent enfin, un homme se tenant dans l’encadrement.
Sujet: Re: Evil Chronicles Mer 8 Juin 2011 - 20:10
Chapitre X : Une belle rencontre
L’homme s’avançait maintenant vers nous à pas lents. Il était vêtu d’une armure blanche dont le cuir blanchâtre était taché de sang. Une armature métallique se dessinait sous la peau épaisse et solide du Khezu qui avait jadis servi à confectionner cette superbe armure, alliant légèreté et solidité. Dans son dos pointait une magnifique lance dont les cotés avaient été, il y a fort longtemps maintenant, taillé pour former comme une lame. Un étrange pieu de fer pouvant être manié comme un gigantesque katana mais, la lame comme la pointe étaient émoussées par endroits, comme si elles n’avaient pas été aiguisées depuis des années... L’étrange homme s’aperçut que je fixais son arme et il déclara : -Je l’ai baptisée « Soif de Souffrance »… Oh mais je ne me suis pas présenté ! Il enleva le capuchon de sa tête pour dévoiler un crâne rasé à la perfection. Un grand sourire ornait son visage et de ses yeux marron clair émanait comme une sorte d’aura bienveillante, chaleureuse. Ses traits évoquaient ceux d’une personne âgée d’une trentaine d’années. De taille moyenne, il avait l’air d’un moine … Mis à part le fait qu’il porte une armure bien sur. Il me tendit la main, comme s’il voulait je la lui serre. -Mon nom est Emist. Je suis le maître des ces lieux ! Etes vous venu chercher la rédemption ? -Euh… Non mais… Commençai-je. -Tant mieux ! Behemoth n’apporte pas la rédemption ! -Quoi ? C’est qui ce Behem… -C’est le Dieu ! Le seul l’unique, la vraie foi, la seule religion véritable en ce monde ! -Euh… D’accord… Je voudrais savoir si… -Donc que venez vous faire ici ? Attendez un instant… Voulez vous que j’achève ce poids sur vos épaules ? Demanda-t-il avec gentillesse en me montrant de la main un Thunder inconscient. -Hein ?! -Le tuer, l’exécuter, le sacrifier… Vous savez, le faire passer de vie à trépas. Ajouta-t-il avec un grand sourire. Je ferais sa vite si vous voulez avec le moins de sang possible… -Mais vous êtes malade ? M’indignai-je. Ce mec est mon meilleur ami, je viens de le sauver grâce à une technique folle de médecine, je veux pas qu’il meure… -Vous êtes médecin ? C’est marrant moi aussi… -Mais putain mais tu vas la fermer ! Je… -Zehahahaha ! Personne ne m’avait jamais parlé de la sorte ! Allez, entrez que nous discutions autour d’une petite mare de sang. -Pardon ? -Rien, vous verrez. Ce mec est totalement fou. Comment quelqu’un à l’aspect aussi engageant et respirant la bonté pouvait être rongé par des idées aussi meurtrières et sanglantes ? Et comment pouvait-il sourire en parlant d’exécutant une autre personne ? Mais, étrangement, il m’inspirait confiance… Et puis je n’avais pas vraiment le choix, Thunder avait besoin de repos et mon dos n’était pas le lit le plus confortable qu’on puisse lui trouver. Je suivis Emist dans son humble demeure comme il s’amusait à l’expliquer pendant que nous marchions.
L’intérieur de la cathédrale était décorée de façon vraiment morbide. Des tapisseries illustrant des scènes de massacre pendaient aux murs et couvrait des trous faits il y a des décennies… Il y avait aussi quelques scènes de chasse mais elles étaient des plus sanglantes. Je me demandai même si le sang était du tissu rouge ou du véritable sang aspergé sur la tapisserie… Enfin, peu d’importance, ce mec était un psychopathe sanguinaire, pas besoin de chercher d’autres preuves de sa folie. Je levai les yeux et découvris que la lumière provenait de lustres suspendus au plafond grâce à des chaînes, rouillées pour la plupart et agrémentées de pointes. Cela me rappela les armes de… Non, mieux vaut ne pas y penser. Qui sait quels instincts de tels souvenirs pourraient réveiller, et puis y penser était beaucoup trop douloureux. Des bougies étaient répartis sur les lustres et leurs flammes vacillaient à cause du vent qui s’engouffrait dans l’édifice par de nombreux trous. Enfin nous arrivâmes devant… Une table ?! La table en question était en fait une sorte de bassin rempli de sang, couvert par une fine couche de verre. Je ne me concentrai pas plus sur l’étrange meuble, de peur de voir flotter quelques organes dans la mare rouge. -Prenez donc un siège mon jeune ami. Et merde… Combien de temps allai-je devoir rester ici ? -Bien sur. Mais le plus important est la sécurité de mon nom ami. Où est-ce que je peux le poser ? -Ah oui. Pardonnez ma mémoire, il arrive qu’elle flanche quelque peu. Rien de grave, merci de vous inquiéter. Seulement de petits trous de mémoire, ajouta-t-il avec un grand sourire chaleureux. Par exemple, j’ai oublié la totalité de mon enfance ainsi que mes premières années adultes. C’est très courant. -Euh… Et pour Thunder ? -Ah, j’ai faillis oublier encore ! Janna ! Viens vite et occupes toi de l’ami de monsieur. A peine eut-il finit sa phrase qu’une jeune femme vêtue d’une étrange robe de tissu noir qui laissait à découvert son ventre, son dos et ses jambes entra. La robe était plutôt décolletée, pour le plus grand plaisir d’Emist si l’on suivait son regard. -Janna je te présente… -Jester. -C’est ça, je te présente Jester, notre invité. Et voici Thunder, le mec inconscient là bas. Va l’installer dans la salle de repos. -Oui, grand prêtre. Déclara la belle jeune femme. -Zehahaha ! C’est l’une de mes disciples, je l’ai recueillie et convertie à la seule vraie religion, pour son bonheur. Malheureusement, elle a fait vœu de chasteté… Et ce n’est pas faute d’avoir essayé ! Ajouta le psychopathe d’un air dépité. -Vous voulez dire que vous avez plusieurs disciples ?! M’exclamai-je interloqué. -Bien sur. Bon ok, la plupart sont enterrés dans les catacombes, ils étaient seulement membres temporaires de ce culte. Des offrandes au grand Behemoth. -Je comprends. Je me retins d’éclater de rire. Cet homme était totalement fou, il venait de m’avouer qu’il avait sacrifié un grand nombre d’hommes pour un dieu démoniaque et le tout avec le sourire ! Un sourire qui semblait contagieux d’ailleurs… Je ne pus me contenir davantage et explosai, bientôt rejoint par le moine psychopathe. Il s’empara alors de deux verres cachés sous la table et les remplis avec… Le sang qu’il y avait dans la table. Il me tendit le verre mais je préférai le refuser poliment. -Pas de vin ? -Vous voulez dire que c’est du vin ? -Bien entendu ! Vous ne croyez tout de même pas que c’était du sang ? Je suis un être humain, tout comme vous, pas un ignoble vampire ! S’exclama le religieux avec verve. -Vous vous méprenez sur la personne ! Répondis-je en enseignant d’imiter son langage. J’acceptai le verre et goûtai au plus merveilleux breuvage qu’il ne m’ait jamais été donné de boire. -Délicieux, n’est-ce pas ? Je le fais moi-même. Voulez vous savoir comment ? Me demanda mon interlocuteur toujours de sa voix aimable. -Sincèrement, non ! M’amusai-je en faisant tourner le liquide écarlate dans mon verre. -Zehahaha ! Vous ne savez pas ce que vous ratez ! Bah, tant pis pour vous… Excusez moi, mais je dois aller préparer une petite cérémonie. Je vais vous laisser souper avec Janna et mes autres disciples. -Euh d’accord… Emist quitta la « mare de sang » et descendit dans les sous-sols par une trappe dans le sol. En un clin d’œil la jeune femme se présenta à moi et me proposa de me montrer le chemin vers la salle à manger.
Je la suivis donc jusqu’à une porte de bois massive (rongée par les mites bien sur). Je l’aidai à la pousser puis pénétrai dans une vaste salle, éclairée par des chandelles posées sur une gigantesque table. Y étaient assis plusieurs personnes, une dizaine à vue de nez. Quelques femmes mais surtout des hommes. Ils plaisantaient comme des personnes normales, autour d’un repas normal. Tout cela me semblait suspect… Janna me montra un siège et je m’installai entre un jeune homme et Janna elle-même. -Je vous prie d’accueillir notre invité comme il se doit ! Déclara la jeune femme d’une voix forte. -Salut mec ! -Bonjour. -Yo ! -Dégages, sale hérétique ! -Votre voyage s’est bien passé ? -T’as faim ? Je rougis devant tant d’attentions, il faut dire que je n’étais plus vraiment habitué à voir autant de personnes à la fois. Je souris poliment, répondis à quelques questions puis m’attaquai à ma côte de Kelbi. Une fois ma faim rassasiée, je me surpris à engager la conversation avec ma voisine. J’appris donc qu’elle avait seize ans et qu’elle était l’assistante du Grand Prêtre, c'est-à-dire ce taré de Emist. Elle avait rejoint le culte pour que Behemoth lui accorde la force d’écraser le tyran qui asservissait son peuple… Elle me présenta rapidement les autres disciples et je découvris que tous désiraient que ce soi-disant dieu leur accorde le pouvoir d’accomplir une action glorieuse ou non, mais dans le sang et la douleur. -Au fait tu vas avoir l’honneur d’assister à l’une de nos cérémonies ! Souris Janna. -Euh, franchement, je préférerais pas ! M’esclaffai-je. Je m’arrêtai constatant que j’étais le seul à rire. Puis je pris conscience que je m’étais plutôt bien déridé et que la présence de tous ces inconnus ne me gênait plus outre mesure… -Etrange pour un grand timide comme moi, me susurra une voix familière, que j’étais le seul à pouvoir entendre. Lucifer. Je regardai à l’intérieur de mon verre, comme pour y déceler la présence de drogue. -Trop tard, me chuchota mon voisin à l’oreille. -Que… Que m’avez-vous fait ? Parvins-je à articuler. -Janna t’avait bien dit que tu participerais à notre cérémonie, non ? En tant qu’offrande du jour… -Jamais !! Ce cri qui s’échappait de ma gorge ne provenait pas de moi. Enfin, en partie seulement… J’écrasai mon poing sur le visage de mon voisin puis tentai de couper la respiration de Janna d’un coup de coude. Je ne rencontrai que de l’air… Depuis quand était-elle partie ? Je jetai un œil autour et vit que les disciples de Behemoth commençaient à m’encercler. Ma vision se troubla quelques peu, les couleurs se mélangeaient. Mais je n’avais pas le choix… Je dégainai mon sabre et titubai en tentant de faire un pas en avant. -Ca va pas être facile, soufflai-je à moitié dans le brouillard.